«J’ai choisi Jacob»

L’image à la une de cet article est un détail du portail situé côté est du baptistère Saint-Jean de Florence, sur la piazza del Duomo (place du Dôme ou place de la Cathédrale). Ce portail en bronze doré fait face à la cathédrale Santa Maria del Fiore (Sainte-Marie-de-la-Fleur). Il a été réalisé entre 1425 et 1452 par le peintre et sculpteur florentin Lorenzo Ghiberti (1378-1455) et il a été surnommé Porte du Paradis par Michelangelo (1475-1564), en raison de sa sublimité. Abîmé par les inondations de Florence du 4 novembre 1966, il a été restauré puis est maintenant conservé au Museo dell’Opera del Duomo, alors qu’une copie moderne a pris sa place au baptistère.

Deux vues aériennes du «Duomo» (le dôme ou la cathédrale) et du «Battistero» (baptistère).

La Porte du Paradis est composée de dix panneaux représentant des scènes de l’Ancien Testament (de gauche à droite et de bas en haut): 1. Adam et Ève; 2. Caïn et Abel; 3. Noé; 4. Abraham; 5. Isaac, Rébecca, Ésaü et Jacob; 6. Joseph; 7. Moïse; 8. Josué; 9. David et Goliath; 10. Salomon et la Reine de Saba.

Le cinquième panneau relate l’histoire des frères jumeaux Ésaü et Jacob, les fils d’Isaac et de Rébecca. Il contient sept moments:

  1. en haut à droite, sur le toit: Rébecca enceinte s’entretient avec Yahvé (Gn 25, 21-23);
  2. sous l’arche de gauche, en arrière-plan: Rébecca donne naissance à ses deux fils (Gn 25, 24-26);
  3. sous l’arche du centre, en arrière-plan: Ésaü cède son droit d’aînesse pour un plat de lentilles (Gn 25, 29-34);
  4. en avant-plan, au centre: Isaac envoie Ésaü chasser en vue de préparer un repas (Gn 27, 1-4);
  5. à droite complètement, en arrière-plan: Ésaü s’en va chasser (Gn 27, 5);
  6. sous l’arche de droite, en arrière-plan: Rébecca élabore un stratagème avec Jacob (Gn 27, 6-17);
  7. en avant-plan, à droite: Isaac bénit Jacob, sous le regard de Rébecca (Gn 27, 18-29).

En avant-plan, à gauche, se trouve un groupe de quatre femmes: elles ne sont pas directement rattachées à l’histoire; elles apportent un équilibre artistique dans l’ensemble du panneau; elles représentent peut-être des vertus.

Original de la Porte du Paradis, conservé au Museo dell’Opera del Duomo.

Reproduction de la Porte du Paradis, située au baptistère San Giovanni.

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La vidéo suivante offre une magnifique explication de l’oeuvre exceptionnelle de Lorenzo Ghiberti pour le baptistère Saint-Jean de Florence:

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Le présent texte fut d’abord prononcé comme homélie à Montréal, lors de la réunion trimestrielle des Oblats-Patriotes, le samedi 4 juillet 2009. Je l’ai ensuite utilisé comme conférence à deux reprises, d’abord au sous-sol du Centre eucharistique et marial Spiri-Maria, à Lac-Etchemin (le dimanche 21 août 2011), puis à Calgary en Alberta, en version anglaise (le vendredi 16 septembre 2011). Je le publie en ce jour du 8 décembre 2020, solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, symbolisée par la figure vétéro-testamentaire de Rébecca. Nous verrons plus loin que la bénédiction des patriarches, transmise de génération en génération, aboutit à sainte Anne et saint Joachim, en vue de la conception pure et immaculée de Marie, préparant ainsi le mystère de l’Incarnation de Jésus et de sa présence réelle dans l’Eucharistie.

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Extrait du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, de saint Louis-Marie Grignion de Montfort (nn. 183-184).

Figure biblique de cette parfaite dévotion: Rébecca et Jacob

183. De toutes les vérités que je viens de décrire par rapport à la Très Sainte Vierge et à ses enfants et serviteurs, le Saint-Esprit nous donne, dans l’Écriture Sainte [Gn 27], une figure admirable dans l’histoire de Jacob, qui reçut la bénédiction de son père Isaac par les soins et l’industrie de Rébecca sa mère. La voici comme le Saint-Esprit la rapporte. Ensuite j’y ajouterai son explication.

Le récit biblique

184. Ésaü ayant vendu à Jacob son droit d’aînesse [Gn 25, 29-34], Rébecca, mère des deux frères, qui aimait tendrement Jacob, lui assura cet avantage, plusieurs années après, par une adresse toute sainte et toute pleine de mystères. Car Isaac, se sentant fort vieux et voulant bénir ses enfants avant que de mourir, appela son fils Ésaü qu’il aimait, lui commanda d’aller à la chasse pour avoir de quoi manger, afin qu’il le bénît ensuite. Rébecca avertit promptement Jacob de ce qui se passait et lui commanda d’aller prendre deux chevreaux dans le troupeau. Lorsqu’il les eut donnés à sa mère, elle en prépara à Isaac, ce qu’elle savait qu’il aimait; elle revêtit Jacob des habits d’Ésaü, qu’elle gardait, et couvrit ses mains et son cou de la peau des chevreaux, afin que son père, qui ne voyait plus, pût, en entendant la parole de Jacob, croire au moins, par le poil de ses mains, que c’était Ésaü son frère. Isaac, en effet, ayant été surpris de sa voix, qu’il croyait être la voix de Jacob, le fit approcher de lui, et ayant touché le poil des peaux dont il s’était couvert les mains, il dit que la voix, à la vérité, était la voix de Jacob, mais que les mains étaient les mains d’Ésaü. Après qu’il eut mangé et qu’il eut senti, en baisant Jacob, l’odeur de ses habits parfumés, il le bénit et lui souhaita la rosée du ciel et la fécondité de la terre; il l’établit le maître de tous ses frères, et finit sa bénédiction par ces paroles: «Que celui qui vous maudira soit maudit lui-même, et que celui qui vous bénira soit comblé de bénédictions.»

À peine Isaac avait achevé ces paroles qu’Ésaü entre et apporte à manger ce qu’il avait pris à la chasse, afin que son père le bénît ensuite. Ce saint patriarche fut surpris d’un étonnement incroyable lorsqu’il reconnut ce qui venait de se passer; mais, bien loin de rétracter ce qu’il avait fait, il le confirma, au contraire, parce qu’il voyait trop sensiblement le doigt de Dieu en cette conduite. Ésaü alors jeta des rugissements, comme marque l’Écriture Sainte, et, accusant hautement la tromperie de son frère, il demanda à son père s’il n’avait qu’une seule bénédiction: étant en ce point, comme remarquent les saints Pères, l’image de ceux qui, étant bien aises d’allier Dieu avec le monde, veulent jouir tout ensemble des consolations du ciel et de celles de la terre. Isaac, touché des cris d’Ésaü, le bénit enfin, mais d’une bénédiction de la terre, et en l’assujettissant à son frère: ce qui lui fit concevoir une haine si envenimée contre Jacob, qu’il n’attendait plus que la mort de son père pour le tuer; et Jacob n’aurait pu éviter la mort si sa chère mère Rébecca ne l’en eût garanti par ses industries et les bons conseils qu’elle lui donna et qu’il suivit.

L’explication et l’application de cette figure biblique nous est donnée par le Père de Montfort dans les nn. 185-212. Cf. Rm 9, 10-13; He 11, 20; He 12, 16-17.

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14Les disciples de Jean Baptiste s’approchent de Jésus en disant: «Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, alors que nous et les pharisiens nous jeûnons?» 15Jésus leur répondit: «Les invités de la noce pourraient-ils donc faire pénitence pendant le temps où l’Époux est avec eux? Mais un temps viendra où l’Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. 16Et personne ne coud une pièce d’étoffe neuve sur un vieux vêtement; car le morceau ajouté tire sur le vêtement et le déchire davantage. 17Et on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement les outres éclatent, le vin se répand, et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le tout se conserve.» [Mt 9, 14-17]

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Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra les douze tribus d’Israël. Dieu avait promis à Abraham:

Je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable qui est sur le bord de la mer, et ta postérité conquerra la porte de ses ennemis. [Gn 22, 17]

Et pourtant, de manière remarquable, la famille d’Abraham a souffert de l’épreuve de la stérilité. Sara, la femme d’Abraham, était stérile. Rébecca, la femme d’Isaac, était stérile. Rachel, la femme de Jacob, était stérile. Abraham avait cent ans lorsque Sara lui enfanta Isaac (Gn 21, 5). Dans un acte de foi extraordinaire, il n’a pas refusé de sacrifier son fils unique (He 11, 17-18), pensant que Dieu était «capable même de ressusciter les morts» (He 11, 19). Si Dieu éprouve ainsi la descendance d’Abraham, c’est qu’il prépare la venue lointaine de «Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham» (Mt 1, 1).

À travers Grignion de Montfort, nous avons remémoré l’histoire d’Isaac et de Rébecca. Abraham voulait que son fils Isaac épouse une fille de sa parenté. Il envoya donc un serviteur dans sa patrie d’origine et la Providence guida ce serviteur vers Rébecca. Rébecca se laissa porter par les événements providentiels: elle accepta de se déraciner de son pays natal et de suivre le serviteur d’Abraham jusqu’en terre de Canaan (Gn 24). Isaac avait quarante ans lorsqu’il épousa Rébecca (Gn 25, 20), mais c’est seulement à l’âge de soixante ans (Gn 25, 26) que Dieu exauça sa prière de rendre féconde sa femme (Gn 25, 21). Celle-ci portait des jumeaux: le premier à franchir le seuil maternel fut Ésaü, le second fut Jacob. Mais Jacob tenait dans sa main le talon d’Ésaü. Yahvé avait dit à Rébecca:

Il y a deux nations en ton sein, deux peuples, issus de toi, se sépareront, un peuple dominera un peuple, l’aîné servira le cadet. [Gn 25, 23]

Dans cet épisode se profile déjà la maxime évangélique:

Il y a des derniers qui seront premiers et il y a des premiers qui seront derniers. [Lc 13, 30][1]

Ou encore, dit en d’autres termes dans le même Évangile:

Tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. [Lc 18, 14][2]

Isaac préférait Ésaü, qui était un habile chasseur, mais Rébecca préférait Jacob, qui restait près d’elle à la maison (Gn 25, 27-28). Ésaü aimait l’agitation extérieure et les réalités terrestres, tandis que Jacob aimait la tranquillité intérieure et les réalités célestes. D’ailleurs, Ésaü n’hésita pas à vendre son droit d’aînesse à Jacob pour pouvoir manger un peu de pain et absorber du potage de lentilles. «C’est tout le cas qu’Ésaü fit du droit d’aînesse», nous dit la Bible (Gn 25, 29-34).

Et tout ceci nous amène à l’épisode célèbre de la bénédiction d’Isaac.

À propos de cette bénédiction, j’aimerais ouvrir une petite parenthèse. Anne-Catherine Emmerich reçut des lumières à son sujet. Voici un extrait de ses visions:

Après la création d’Ève, Dieu avait accordé à Adam une bénédiction porteuse d’une faculté permettant à l’homme de se reproduire dans la sainteté et la pureté; cette bénédiction fut retirée à Adam à cause de l’usage qu’il fit du fruit défendu, car je vis le Seigneur passer derrière Adam lorsque celui-ci quitta sa colline pour rejoindre Ève et lui retirer quelque chose; et il me sembla que le Salut du monde devait sortir de ce que Dieu avait repris à Adam.

Un jour, à la fête de la sainte et immaculée Conception de Marie, Dieu m’accorda une vision de ce mystère: je vis la vie physique et spirituelle de tous les hommes comme contenue en Adam et Ève, et gâtée par la chute et mêlée au mal, ce dont les anges déchus tirèrent une grande puissance. Mais je vis également la seconde Personne de la Divinité descendre vers Adam et lui retirer la bénédiction divine, avec une lame recourbée, avant qu’il consentît au péché. Au même moment, je vis la Vierge Marie sortir du côté d’Adam, comme une petite nuée lumineuse qui s’éleva vers Dieu.[3]

Cette bénédiction divine ou dépôt sacré est aussi appelé germe. Le germe de la bénédiction avait un caractère concret et matériel, voire organique et physique. Les patriarches (pp. 74, 131-132, 164) portaient la bénédiction dans leur côté droit (pp. 138-139, 170). Elle fut redonnée à Abraham lors de la visite des trois anges (pp. 140-143) (Gn 18, 1-15). Abraham l’a transmise à Isaac, et Isaac l’a transmise à son tour à Jacob (pp. 144-148). La transmission s’effectue dans un contexte hautement rituel,

et finalement, ce fut comme si Isaac lui transmettait tout, toute sa force et sa puissance, en retirant de ses deux mains quelque chose de son propre corps et en le déposant dans le corps de Jacob. [p. 146]

Raoul Auclair fait ce commentaire:

Elle [Anne-Catherine Emmerich] rapporte ― oh maladroitement! ― ce qu’elle vit et que Dieu pour nous lui montra: comment, avant qu’Adam ne péchât, comment Dieu lui retira un «GERME», duquel «GERME» devait naître l’humaine Marie et, donc, l’humain Jésus.

Et ce «GERME» était «la bénédiction» qui fut apportée à Abraham, et qui n’avait rien de cette abstraction en laquelle nous imaginons ce grand mystère. Aussi bien, transmise frauduleusement — mais providentiellement — à Jacob, Isaac qui la reçut d’Abraham, ne pouvait plus la transférer à Ésaü (Gn 27).[4]

Écoutons encore Anne-Catherine:

Les patriarches Abraham, Isaac et Jacob étaient un peu plus forts du côté droit que du gauche. Mais cela ne se voyait guère, car ils portaient des vêtements amples et larges. Ils avaient au côté droit comme un renflement dans lequel était le DÉPÔT SACRÉ, la bénédiction, le mystère. Il avait la forme d’un haricot avec un germe et était lumineux. Le premier-né le recevait de son père, ce qui lui conférait une si grande prééminence. Jacob le reçut à la place d’Ésaü parce que sa mère savait qu’il y était prédestiné. Lorsque l’ange frappa Jacob [Gn 32, 23-33], il lui retira le dépôt sacré sans toutefois lui causer de plaie: c’était comme si le renflement s’était résorbé. Jacob ne fut plus aussi assuré par la suite et rechercha la protection de Dieu. Auparavant, il était comme quelqu’un qui se trouve fortifié par un sacrement qu’il porte en soi; par la suite, il fut plus humilié, plus soucieux, et connut le malheur. Il sentit bien que l’ange lui ôtait le dépôt sacré, c’est pourquoi il lui demanda sa bénédiction, pour en être fortifié. C’est Joseph qui, par la suite, reçut de nouveau d’un ange la bénédiction et le dépôt sacré, lorsqu’il se trouvait dans la prison de Pharaon, en Égypte. [p. 154; nous soulignons en gras et en lettres majuscules; cf. pp. 152-153]

Par la suite, «la nuit précédant l’Exode» (p. 49), Moïse prélèvera le dépôt sacré de la dépouille mortelle de Joseph dans son sarcophage (pp. 169-174). Au mont Sinaï, l’objet mystérieux sera déposé dans l’Arche d’Alliance (cf. pp. 175-187),

d’où Joachim, le père de Marie, la reçut finalement, si bien que Marie fut conçue aussi pure et immaculée qu’Ève, lorsque celle-ci fut tirée du côté d’Adam endormi. [p. 47]

C’est ainsi que j’ai contemplé la transmission de ce mystère dans toute la lignée de Jésus-Christ, jusqu’à Joachim et Anne, le couple le plus pur et le plus saint de tous les temps, qui donna naissance à Marie la Vierge Immaculée. Et c’est Marie finalement qui fut elle-même l’Arche d’Alliance, le Tabernacle du Mystère. [p. 49][5]

Refermons cette parenthèse qui concerne un bien grand mystère, et revenons à l’épisode biblique. Dans son Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge (nn. 183-212), saint Louis-Marie Grignion de Montfort voit dans l’histoire de Rébecca et de Jacob une «figure admirable» (n. 183) de cette parfaite dévotion. Pour lui, Rébecca n’est que la figure de Marie, laquelle emploie toute son ingéniosité maternelle «pour obtenir à ses enfants la bénédiction du Père céleste» (n. 202).[6]

Quand nous lisons l’histoire de Jacob et de Rébecca, il peut être facile de se laisser choquer par ce qui semble être tromperie, supercherie et mensonge. Mais, comme dit l’Écriture,

Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le coeur. [1 S 16, 7]

On comprend plus facilement l’agencement providentiel des événements qui ont favorisé Jacob plutôt qu’Ésaü, lorsque l’on considère les dispositions profondes des protagonistes. Si Rébecca et Jacob ont été rusés (Gn 27, 35),[7] ils ont pourtant suivi un appel intérieur venant de Dieu. Comme dit le Psaume: «C’est Jacob que le Seigneur a choisi… Tout ce que veut le Seigneur, il le fait…» (Ps 135[134], 4.6; cf. Is 41, 8; Ml 1, 2), car il «scrute les reins et les coeurs» (Jr 11, 20; Ap 2, 23).

18Petits enfants, n’aimons ni de mot ni de langue, mais en actes et en vérité. 19À cela nous saurons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre coeur, 20si notre coeur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît tout. [1 Jn 3, 18-20]

D’ailleurs, les disciples de Jean Baptiste, dans l’Évangile, ont tendance eux aussi à considérer les choses d’un point de vue plutôt extérieur. «Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, alors que nous et les pharisiens nous jeûnons?» (Mt 9, 14) De même, les scribes et les pharisiens, de manière cependant hypocrite et mal intentionnée: «Quoi? Il mange avec les publicains et les pécheurs?» (Mc 2, 16)

En fait, Jésus ne vient pas diminuer les exigences de l’amour, au contraire! Il invite à sortir d’une conception trop étroite de la justice, pour entrer dans une mentalité de miséricorde. Il nous invite à mettre «le vin nouveau dans des outres neuves, et le tout se conserve» (Mt 9, 17). «Soyez larges», répète la Dame de tous les Peuples à ses apôtres et ses disciples.[8] Une telle largeur de vue est nécessaire, si l’on veut collaborer à son oeuvre de réconciliation universelle à l’échelle de tous les peuples et de toutes les religions. Souplesse, compréhension, charité, bonté et cordialité: ce sont là les mots clefs de la nouvelle évangélisation, à l’école de Vie d’Amour. Écoutons la Dame s’adresser à ses Apôtres, comme à chacun d’entre nous:

Vous penserez que vous êtes déjà habitués à diriger les âmes, je vous le concède vivement. Mais nous sommes au déclin d’une civilisation. Ce sera fort différent dans l’ère qui vient. [LB-IV, 74][9]

N’ayons pas peur d’avancer au large en eau profonde et d’y jeter nos filets (Lc 5, 4). Nous serons étonnés de la conversion et du progrès des ouvriers de la dernière heure. Dieu veut donner à tous le salaire journalier d’une pièce d’argent, c’est-à-dire la rondelle de pain eucharistique qui n’a pas de prix. Déjà le vieil Isaac bénissait Jacob son fils en ces termes:

Que Dieu te donne la rosée du ciel et la fertilité de la terre, froment et vin en abondance! Que les nations te servent, que les peuples se prosternent devant toi. [Gn 27, 28-29]

La bénédiction d’Abraham, par laquelle se béniront toutes les nations et tous les peuples de la terre, conduit au nouveau froment et au vin nouveau de l’Eucharistie! Anne-Catherine Emmerich avait compris que le dépôt sacré, porté de l’un à l’autre des ancêtres privilégiés du Messie, annonçait prophétiquement le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. Oui, le germe de la bénédiction divine trouve son accomplissement en Jésus-Christ — Paul-Marie, indissolublement unis en l’Eucharistie!

Parenthèse sur le Calice de la Dernière Cène,
basée sur les visions de la bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

Pendant la construction de l’Arche de Noé, trois personnages mystérieux, semblables aux trois hommes ou anges qui visitèrent Abraham, remirent au saint patriarche Noé le Calice dont se servira Jésus lors de la Dernière Cène, au moment de l’institution de l’Eucharistie. Le peuple des Samanes, qui remontent à Noé à travers son fils Sem, emportèrent ce Calice en Canaan et Melchisédech lui-même l’aura en sa possession. Melchisédech fera usage de ce Calice lors de l’offrande du pain et du vin avec Abraham (Gn 14, 17-24). Melchisédech bénit Abraham, le consacra prêtre et lui légua le Calice. Ce Calice, ainsi que d’autres récipients sacrés, s’est transmis de patriarche en patriarche, en même temps que la bénédiction ou dépôt sacré, pour se retrouver enfin dans l’Arche d’Alliance. L’autel de Noé, l’autel de Melchisédech, l’Arche d’Alliance et la table de la Dernière Cène étaient tous recouverts d’une couverture ou nappe rouge, puis d’une blanche. Ces couleurs symboliques expriment notre purification dans le Sang de l’Agneau immaculé, dans lequel nous avons blanchi nos robes (Ap 7, 14). Le prophète Isaïe lui-même avait annoncé que nos péchés, rouges comme l’écarlate et la pourpre, deviendraient plus blancs que la neige et la laine (Is 1, 18; Lm 4, 7).

Des mentions ou allusions au calice de la dernière cène se trouvent dans le livre Les Mystères de l’Ancienne Alliance, aux pages suivantes: pp. 47, 54-55, 73, 135-139, 158, 162, 176.

Le Calice utilisé lors de la Dernière Cène

Extrait des Visions d’Anne-Catherine Emmerich, Paris, (coordination par Joseph-Alvare Duley, traduction de l’allemand par Charles d’Ébeling) Téqui: tome 3, troisième partie (troisième année), chapitre LXIII («Du calice de la sainte cène»), pp. 120-122; dans l’édition 2013: pp. 105-107.

Je souligne en gras une allusion à la bénédiction transmise de patriarche en patriarche:

Le calice que les apôtres apportèrent de chez Véronique est un vase merveilleux et plein de mystères. Il était resté longtemps dans le Temple, parmi d’autres objets précieux d’une haute antiquité, dont on avait oublié l’usage et l’origine. Quelque chose de semblable est arrivé dans l’Église chrétienne, où, par le malheur des temps, beaucoup de trésors sont restés dans l’oubli. On avait souvent mis de côté, vendu ou fait réparer des vases et d’autres objets anciens dont on ignorait l’usage. C’est ainsi que, par la volonté de Dieu, ce saint vase, qu’on n’avait pas voulu fondre à cause de sa matière inconnue, avait été trouvé parmi d’autres objets hors d’usage, et vendu à des amateurs d’antiquité. Le calice avait été acheté par Séraphia [Véronique] avec différents objets qui s’y rattachaient, et, Jésus s’en étant servi plusieurs fois dans des festins solennels, il devint définitivement la propriété de l’Église. Il était d’une matière brunâtre et polie en forme de poire; il était incrusté d’or et avait deux petites anses qui servaient à le soulever, car il était assez lourd. Le pied était d’or vierge artistement travaillé. Ou y voyait, entre autres choses, un serpent et une grappe de raisin. Il était en outre orné de pierres précieuses. Le calice est resté auprès de saint Jacques-le-Mineur à Jérusalem; je le vois encore caché quelque part. Il reparaîtra un jour, comme il est reparu pour la cène. D’autres églises se sont partagé les petites coupes qui l’entourent; l’une d’elles est venue à Antioche, une autre à Éphèse; elles appartenaient aux patriarches, qui y buvaient un breuvage mystérieux, lorsqu’ils recevaient et donnaient la bénédiction, ainsi que je l’ai vu plusieurs fois.

Le calice était déjà chez Abraham: Melchisédech l’apporta au pays de Sémiramis dans la terre de Chanaan, lorsqu’il vint jeter les fondements de Jérusalem. Il s’en servit lors de son sacrifice, lorsqu’il offrit le pain et le vin en présence d’Abraham, et il le légua à ce patriarche. Noé lui-même l’avait déjà emporté avec lui dans l’arche.

«Voyez ces hommes, ces grands seigneurs qui viennent d’une ville superbe; elle est bâtie à l’antique, et l’on y adore les premiers objets venus, par exemple des poissons.* Le vieux Noé, avec un pieu sur l’épaule, se tient dans un coin de l’arche: le bois de construction est rangé tout autour de lui, chaque chose en son lieu et place. Non, ce ne sont pas des hommes; ce doit être quelque chose de plus relevé, tant leur aspect est auguste et éblouissant; ils apportent à Noé le calice, qui sans doute a été perdu. On y voit un grain de froment, mais plus gros que les nôtres, ainsi qu’une petite branche de vigne. Ils disent à Noé qu’il est un homme d’un grand renom, qu’il y a quelque chose de mystérieux dans cette coupe, et qu’il doit la prendre avec lui. Voyez: il met le grain de froment et la branche de vigne [Gn 9, 20] dans une pomme jaune qu’il place ensuite dans le calice. II n’y a point de couvercle au-dessus, car ce qu’il y a mis doit toujours s’agrandir. Le calice a été fait sur un modèle qui fut montré mystérieusement à l’homme.»

Ceux qui ont apporté à Noé le calice et les trésors qu’il renfermait, étaient vêtus de longues robes blanches et ressemblaient aux trois hommes qui vinrent chez Abraham et lui promirent un fils. Ils avaient enlevé d’une ville condamnée à être ensevelie sous les eaux du déluge cet objet mystérieux, qui ne devait pas périr. Le calice se trouva plus tard chez de pieux descendants de Noé, qui demeuraient aux environs de Babylone. Sémiramis voulant les soumettre à l’esclavage, Melchisédech les conduisit dans la terre de Chanaan et emporta le calice. Avant de les emmener, il bénit dans sa tente le pain qu’il leur distribua; sans quoi ils n’auraient pas eu la force de le suivre. Ces gens avaient un nom, je crois, comme les Samanéens. Melchisédech se servit d’eux et de quelques habitants de Chanaan pour élever de vastes constructions sur les collines où fut depuis édifiée Jérusalem. Il creusa des fondements profonds aux lieux mêmes où s’élevèrent ensuite le cénacle et le Temple, et aussi vers le Calvaire. Il cultiva dans ces contrées la vigne et le blé. Après son sacrifice, Melchisédech remit à Abraham le calice, qui plus tard fut porté en Égypte, où il passa dans les mains de Moïse. Il était fait d’une matière compacte comme celle de nos cloches, et qui semblait être un produit primitif de la nature. Jésus seul savait ce que c’était.

*La soeur raconta tout ceci dans un état d’intuition tranquille, et voyant devant elle tout ce qu’elle décrivait.

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Un «coup d’oeil sur Melchisédech», personnage de nature angélique en qui l’on peut voir le fondateur de Jérusalem, se trouve au chapitre LXIX, pp. 143-147; dans l’édition 2013: pp. 126-128. Cf. Les Mystères de l’Ancienne Alliance, pp. 112-121, 135-139.


Notes

[1]Cf. Mt 19, 30; Mt 20, 16; Mc 10, 31.

[2]Cf. Mt 23, 12; Lc 14, 11.

[3]Les Mystères de l’Ancienne Alliance, pp. 35-36; cf. «note sur le “dépôt sacré”», pp. III-V; pp. 23-24, 47.

[4]L’Apocalypse, vol. III, p. 294.

[5]Concernant le mystère de la Bénédiction-Germe, cf. Raoul Auclair, Mystère de l’Histoire, pp. 11, 57, 95, 122-130, 155-156, 163, 183; L’Apocalypse, vol. I, pp. 85-87, 396; L’Apocalypse, vol. II, pp. 51-52, 155-156, 205. L’Apocalypse, vol. III, pp. 198, 230-231, 278-279, 283-284, 293-296, 311-312; L’Homme Total dans la Terre Totale, pp. 91-92, 199-205, 211-214, 427-428; Marc Bosquart, Le Rédempteur et la Co-Rédemptrice, pp. 27-30, 63-64.

[6]Dans ce même numéro 202 de son traité, voici comme Louis-Marie Grignion de Montfort décrit l’amour de Marie pour nous:

Elle les aime tendrement, et plus tendrement que toutes les mères ensemble. Mettez, si vous pouvez, tout l’amour naturel que les mères de tout le monde ont pour leurs enfants, dans un même coeur d’une mère pour un enfant unique: certainement, cette mère aimera beaucoup cet enfant; cependant, il est vrai que Marie aime encore plus tendrement ses enfants que cette mère n’aimerait le sien.

[7]La Bible présente d’autres personnages qui ont fait preuve de ruse: David (1 S 23, 22); Judith (Jdt 9, 10); Paul (2 Co 12, 16).

[8]Nous pouvons lire dans les messages de la Dame de tous les Peuples:

«Des vues larges, plus sociales. Il faut en arriver là. Diverses tendances penchent vers le socialisme. C’est bien, mais à condition que ce soit fait sous la direction de l’Église.» [4e vision, 29 août 1945]

«De nouveau, j’avertis Rome. Large… ils doivent voir large, mais…» [11e vision, 4 janvier 1947]

«Pourquoi si resserré? Fais-le donc plus largement.» [23e vision, 15 août 1950]

«À Rome, je lance un nouvel avertissement. Au Saint-Père, je dis: tu es le Lutteur, en ce temps-ci. Veille donc à ce que tes subordonnés soient larges et compréhensifs dans leur ministère et dans leurs jugements. Ce n’est que de cette manière que ce monde pourra être gagné à la foi.» [36e vision, 20 septembre 1951]

«J’ajoute: soyez larges. Cherchez à prendre pied dans ce monde moderne, et faites-le en union avec Jésus Crucifié.» [37e vision, 15 novembre 1951]

«C’est par une lutte et des maux terribles que les peuples, y compris ceux qui se sont détournés de la Trinité, reviendront à l’Église. C’est pourquoi j’insiste: Rome, saisis ta chance! Sois large (dans tes vues). Agis, mais agis uniquement par amour. Seul l’Amour est capable de sauver ce monde désemparé. Ramène tous les peuples à leur Créateur. Apprends-leur combien il est simple de voir le Créateur.» [38e vision, 31 décembre 1951]

«À présent, c’est aux apôtres de ce temps-ci que je m’adresse: Soyez larges. Soyez indulgents. Soyez bons envers les hommes. — Jugez et condamnez à la manière du Seigneur Jésus-Christ. — Comprenez donc de quel temps vous êtes; comprenez donc en quelle sorte de lutte vous êtes engagés.» [43e vision, 5 octobre 1952]

[9]Marie-Paule, Livre blanc IV, Alliance entre Ciel et Terre, «Lettre à mes Apôtres» (28 juin 2008), p. 74

Une réflexion sur “«J’ai choisi Jacob»

  1. Un article fort intéressant et très surnaturel qui nous fait bien comprendre la grandeur et l’origine de l’Immaculée qui se révèle en notre Temps. Avec Dieu il n’y a jamais de hasard, tout est dessein de sa Providence qui admirablement pourvoit à notre bien malgré nos misères et faiblesses. Bravo pour cette très intéressante explication! C’est d’une richesse pour comprendre la mission de la Dame.

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