Job le Très-Patient

La semaine dernière, du 28 septembre au 3 octobre 2020, nous avons lu à la messe quelques extraits de l’histoire de Job. À cette occasion, je publie ci-dessous une homélie dans laquelle j’approfondis la figure de ce saint patriarche. Elle a été prononcée le 5 février 2012, à Saint-Eustache, lors de la réunion trimestrielle de la Famille des Fils et Filles de Marie.

*****

Pour tous les hommes et sous tous les cieux, la souffrance acceptée par amour est donc l’antidote à l’emprisonnement de l’être opéré par le «moi», car, par la force des choses, elle en restreint le champ d’action. Dans la muraille que construit le «moi» tout autour de l’être et dans laquelle il veut l’enfermer, la souffrance est la lézarde qui permet au Ciel d’entrer.

Ainsi s’exprime notre roi, Marc-André Ier, dans sa dernière brochure Trésors de «Vie d’Amour» — 6 (p. 23), dans le chapitre intitulé: «La souffrance est un trésor». Les écrits lumineux de Marc nous soutiennent dans cette guerre ou ce combat pour l’esprit. Avec la Co-Rédemptrice, nous sommes appelés à conquérir le Royaume terrestre en embrassant le Véritable Esprit qu’elle seule peut nous donner. Le combat entre le véritable esprit et le faux esprit correspond à la lutte entre la chair et l’esprit que saint Paul décrit très bien dans ses lettres.

Ce n’est pas très populaire de nos jours de considérer la souffrance comme un trésor. Et pourtant, saint Paul nous assure que la souffrance du moment présent est légère en comparaison du poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elle nous prépare.

Car la légère tribulation d’un instant, pour employer la traduction de la Bible de Jérusalem, nous prépare, jusqu’à l’excès, une masse éternelle de gloire. [2 Co 4, 17]

De tous les personnages de la Bible, s’il en est un qui représente l’icône de la souffrance, c’est bien Job, lui qui se plaint douloureusement, dans la première lecture (Job 7, 1-4.6-7), de la précarité de la vie humaine. Il serait facile de juger de l’extérieur Job, mais celui qui n’a pas souffert, que sait-il? Tandis que, disait un directeur spirituel,

celui qui a souffert peut tout savoir, s’il dirige sa souffrance du bon côté. [VA I, 288]

La souffrance ouvre à l’âme des horizons que la raison ne discerne pas.

Et le Seigneur lui-même de dire à Marie-Paule en Vie d’Amour:

Chaque cas est particulier; chaque âme vaut un monde pour Moi et aucune comparaison ne peut jamais être faite. Non, ces connaissances spirituelles, et tant d’autres que Je t’apprendrai, sont réservées à ceux qui souffrent et qui souffrent bien. Celui qui n’a pas souffert ou qui souffre en se révoltant, que sait-il? Je te le répète, mon enfant, continue, sacrifie-toi pour les âmes; tu comprendras à tel point que toujours le bonheur surpassera tes peines. En plus, tu t’approches de Moi et de ma Mère bien-aimée.

Mon Royaume est si beau et, pourtant, bien peu acceptent les épreuves que je leur envoie afin de les amener près de Moi et de leur donner, même sur la terre, un avant-goût de ce qui les attend dans les Cieux. [VA I, 132]

Les exégètes modernes ont tendance à réduire au rang de symboles et de paraboles plusieurs personnages de l’Ancien Testament. Et pourtant, la bienheureuse stigmatisée Anne-Catherine Emmerich nous fournit de précieuses informations sur l’existence de Job (cf. Les Mystères de l’Ancienne Alliance, pp. 122-128). Noé avait 500 ans lorsqu’il engendra ses trois fils Sem, Cham et Japhet (Gn 5, 32). C’est de la descendance de Sem que viendront Abraham, David et notre Seigneur Jésus-Christ. C’est en l’an six cent de la vie de Noé que survint le déluge (Gn 7, 6.11; Gn 8, 13), en l’an 2348 av. J.-C. selon la chronologie de la Vulgate (cf. Raoul Auclair, Mystère de l’Histoire, pp. 40-44, 119-120). Deux ans après le déluge, alors qu’il avait environ 100 ans, Sem engendra Arpakshad (Gn 11, 10). Arpakshad engendra Shélah, Shélah engendra Éber (Gn 10, 24; Gn 11, 13-14; 1 Ch 1, 18; 1 Ch 1, 24-25). C’est le patriarche Éber qui donnera son nom au peuple des Hébreux. Éber eut deux fils: Péleg et Yoqtân. La Bible précise que ce fut au temps de Péleg (Gn 11, 16-19) «que la terre fut divisée» (Gn 10, 25; 1 Ch 1, 19), ce que certaines traditions, confirmées par Anne-Catherine Emmerich, associent à la destruction de la Tour de Babel. Le frère de Péleg, Yoqtân, eut 13 fils, dont le plus jeune serait, selon notre mystique visionnaire, Job. Ce dernier correspondrait donc au Yobab de Gn 10, 29 et 1 Ch 1, 23 (Bible de Jérusalem), que la plupart des versions écrivent Jobab. C’est du côté de Péleg que viendra, quatre générations plus tard, le père d’Abraham, et c’est du côté de Yoqtân que viendra sa mère, présentée par Anne-Catherine comme l’arrière-petite-fille de Job. Ainsi Job fait partie des ancêtres du Messie via le côté maternel d’Abraham.

Job est donc né peu de temps après la chute de la Tour de Babel, dans une région au sud de la Mer Noire, et il pouvait «avoir encore été en vie au moment de la naissance d’Abraham» (p. 122). C’était un homme très droit et très vertueux, qui vivait dans l’intimité de Dieu. Lors d’un séjour qu’il fit en Égypte, Dieu lui montra une fontaine que découvrira plus tard la Vierge Marie elle-même, lorsque la Sainte Famille fera étape en sol égyptien, à l’endroit même où habita Job. Voici ce que raconte l’humble religieuse de Dülmen, à propos de la présence de Job en Égypte:

Par la prière, il débarrassa la région et les alentours de bêtes sauvages et venimeuses. Il eut là des visions sur le salut de l’humanité et aussi sur les épreuves qui l’attendaient encore. Il agit avec zèle contre les moeurs scandaleuses du peuple égyptien et les sacrifices humains, et je crois qu’ils furent abandonnés. [p. 126]

Concernant les malheurs de Job, Anne-Catherine fait cette observation:

Il a séjourné en divers lieux et connu ses malheurs en trois endroits différents. La première fois, il eut neuf ans de paix, ensuite sept ans et finalement douze, et à chaque fois les malheurs le frappèrent dans un endroit différent. Jamais il ne fut touché au point de n’avoir plus rien; il était simplement très pauvre par rapport à sa situation précédente, payant ses dettes avec ce qui lui restait. [p. 122]

«Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris: Que le nom du Seigneur soit béni!» [Job 1, 21]

*****

Au sein de ses souffrances, Job fut consolé par le Seigneur qui lui apparaissait sous forme angélique. Chaque fois, Job recommençait tout à partir de rien, et tout lui réussissait. Ses deux plus fidèles serviteurs recueillirent de sa propre bouche son histoire et ses dialogues avec Dieu. Anne-Catherine donne encore ces précisions:

Ils écrivirent sur des rouleaux. Cette compilation fut conservée religieusement par ses descendants, se transmettant de génération en génération jusqu’à Abraham; même dans l’école de Rébecca, les filles de Canaan furent éduquées à partir de ces textes, au sujet de la soumission dans les épreuves. [pp. 127-128]

Ce qui deviendra le Livre de Job, et qui passera par les mains de Jacob et de Joseph, finira par arriver jusqu’à Moïse. Ce dernier simplifiera le texte original afin de l’adapter à la compréhension des Israélites. Par la suite, le roi sage Salomon apportera au Livre de Job sa touche finale, comme le rapporte la bienheureuse Emmerich:

Salomon cependant modifia de nouveau entièrement ce texte, en retira beaucoup d’éléments et y ajouta du sien, si bien que cette histoire réelle fut transformée en un livre d’édification, rempli de la sagesse de Job, de Moïse et de Salomon, et on ne pouvait que difficilement y retrouver le récit original de Job. [p. 128]

La spiritualité de Job a traversé les siècles et nous sommes appelés à la faire nôtre, chacun suivant sa vocation et sa mission propres. En assimilant notre part de souffrance dans l’amour, nous expérimenterons qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Ac 20, 35). Saint Paul en est un parfait exemple dans la deuxième lecture, lui qui, en tant qu’apôtre de l’Évangile, s’est fait «tout à tous» (1 Co 9, 22) et «le serviteur [l’esclave] de tous» (1 Co 9, 19). Quant à Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui (Mc 1, 29-39), il ne cesse de guérir les malades et de délivrer ceux qui sont tourmentés par des esprits mauvais. Il parcourt inlassablement villes et villages en proclamant la Bonne Nouvelle, alors que, bien avant l’aube, on le trouve dans un endroit désert où il prie. Constamment tourné vers Dieu et vers les autres, notre doux Rédempteur, dont Job n’était qu’une pâle figure, fut le Très-Souffrant et le Très-Patient, mais surtout le Très-Aimant. Il nous laissa cette pensée brûlante d’amour, exprimée de l’abondance de son Coeur divin (Lc 6, 45) et vécue jusqu’au bout:

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. [Jn 15, 13]

Pour conclure, je laisse de nouveau la parole à notre Roi d’Église, comme il en fut en ouverture d’homélie:

La souffrance a donc ceci de bénéfique et de merveilleux, c’est que, bien comprise et bien vécue au fil des jours, elle affranchit progressivement l’être humain de son «moi», le libère de cet emprisonnement destructeur et, par le fait même, elle ouvre l’âme supérieure à l’action des forces divines et la dispose toujours davantage au très libérateur amour des autres. /…/

Au don total de soi — qui est amour ultime et souffrance extrême à la fois — répond alors le don du Ciel immédiat, car, le «moi» se trouvant pulvérisé par un sacrifice aussi parfait, l’âme est littéralement propulsée jusque dans la gloire infinie du Royaume des Cieux. [Trésors de «Vie d’Amour» — 6, p. 25]

Mes frères et soeurs bien-aimés, Pauliens et Pauliennes, aimons-nous les uns les autres. Nous pouvons être fatigués de la lutte. Il se peut même que nous n’en pouvions plus de souffrir sans comprendre. Eh bien, à notre insu même, nous sommes en train d’opérer «la plus formidable entreprise de libération de [notre] être hors de la plus terrible des prisons» (Trésors de «Vie d’Amour» — 6, p. 23). Et nous sommes en train de conquérir, avec l’Esprit Véritable, une Terre nouvelle et des Cieux nouveaux! Je vous aime. Amen.

12Le Seigneur bénit la nouvelle situation de Job plus encore que l’ancienne. Job posséda quatorze mille moutons et six mille chameaux, mille paires de boeufs et mille ânesses. 13Il eut encore sept fils et trois filles. 14Il nomma la première Colombe, la deuxième Fleur-de-Laurier, et la troisième Ombre-du-regard. 15On ne trouvait pas dans tout le pays de femmes aussi belles que les filles de Job. Et leur père leur donna une part d’héritage en compagnie de leurs frères. 16Après cela, Job vécut encore cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils jusqu’à la quatrième génération. 17Puis Job mourut chargé d’ans et rassasié de jours. [Job 42, 12-17]

3 réflexions sur “Job le Très-Patient

  1. Très belle homélie sur le sens et la valeur de la souffrance. Comme il est étrange de voir que dans notre société, c’est plutôt le contraire, c’est la glorification du moi qui est à l’honneur, alors que dans tout vrai cheminement spirituel, quelque soit la religion, le dépouillement du moi est la base de notre transformation spirituelle. Merci pour ce rappel.

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  2. Très beau texte, Père David, et très édifiant pour les temps d’incertitude que traverse, aujourd’hui, l’humanité, où la soumission dans les épreuves est et sera de plus en plus à exercer. Ce genre de texte est une manne à inclure dans notre sac à dos durant notre traversée vers l’établissement définitif du royaume terrestre, promis et acquis par la vie et passion de notre maman, Marie-Paule.
    Voilà une aide de plus, à additionner au nombre des interventions spirituelles que nous apportent tes éditoriaux avec celle de tous les fils de Marie.
    Puissent beaucoup de lecteurs s’en inspirer.
    Merci

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  3. Le récit de la vie de Job est fascinant. Ce personnage est admirable dans les revers qu’il subit. Il est tout aussi extraordinaire dans sa fidélité à Dieu lorsqu’il connait le dépouillement total. Sa foi profonde, son abandon à tout voir venir de Dieu, sa résignation dans la souffrance ne sont pas motifs à le détourner de son Dieu. Je suis venu au monde nu et je retourne nu. Méditer sur la vie de Job affermit la foi, nous rassure sur la présence Divine dans les épreuves de la vie. Merci P. David de publier cette belle homélie! Liette Bellemare 

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