«Celle qui doit enfanter»

Le présent texte fut d’abord prononcé comme homélie au Centre eucharistique et marial Spiri-Maria, à Lac-Etchemin, le dimanche 20 décembre 2009, lors de la messe solennelle de 9h30. Je l’avais repris comme conférence, en version anglaise, le samedi 21 août 2010, lors d’un voyage apostolique à Bristol, au Connecticut (USA); cette journée-là, peu après 20h30, est décédé André Bélanger, comptable des Oeuvres, qui s’est mérité le titre de «saint» (LB-V, 160-166) et qui sera canonisé le 12 septembre 2010 par Padre Jean-Pierre, suivant l’indication du Seigneur (LB-V, 172).

Je publie cette homélie-conférence onze ans plus tard, ce 20 décembre 2020, qui coïncide de nouveau avec le 4e dimanche de l’Avent.

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L’image à la une est la photographie de l’une des douze lunettes de la salle des Sibylles, dans les appartements Borgia, rattachés au Palais apostolique et aux Musées du Vatican (source: Wikipedia). Oeuvre du peintre italien Pinturicchio (1454-1513), chaque lunette associe un prophète de l’Ancien Testament et une sibylle de l’Antiquité païenne, marquant la convergence de leur témoignage prophétique. En commençant par le mur en face de la fenêtre, de gauche à droite, la cinquième lunette représente le prophète Michée et la sybille tiburtine (de Tibur, aujourd’hui Tivoli, en Italie), nommée Albunéa.

L’Église, aux siècles de foi, ne cessa d’unir Prophètes et Sibylles, les montrant ensemble dans les vitraux et les fresques des cathédrales, enfin les hissant aux voûtes solennelles de la Sixtine. [Raoul Auclair, Les Centuries de Nostradamus ou le dixième Livre Sibyllin, p. 14]

Octave préparatoire à Noël

Durant l’octave préparatoire à Noël (du 17 au 24 décembre), lors de la première lecture à la messe, la liturgie catholique rappelle les principaux oracles ou annonces prophétiques de l’Ancien Testament concernant la venue de Jésus-Christ le Sauveur:

  • 17 décembre: oracle de Jacob sur Juda (Gn 49, 1-2.8-10);
  • 18 décembre: oracle de Jérémie sur le Germe juste (Jr 23, 5-8);
  • 19 décembre: annonce prophétique de la naissance de Samson (Jg 13, 2-7.24-25a)
  • 20 décembre: oracle d’Isaïe sur l’Emmanuel et la jeune femme, une vierge, qui doit l’enfanter (Is 7, 10-14);
  • 21 décembre: signification spirituelle et application prophétique du Cantique des Cantiques (Ct 2, 8-14);
  • 22 décembre: consécration au Seigneur, par sa mère Anne, du futur prophète Samuel (1 S 1, 24-38);
  • 23 décembre: oracle de Malachie, annonçant le Sauveur («le messager de l’Alliance») et le Précurseur («Élie le prophète») (Ml 3, 1-4.23-24);
  • 24 décembre: promesse de stabilité à la maison de David et annonce prophétique de la naissance du Roi-Messie parmi ses descendants (2 S 7, 1-5.8b-12.14a.16).

Le 4e dimanche de l’Avent tombe dans cette octave: la liturgie catholique propose l’oracle d’Isaïe (Is 7) pour l’Année A; la promesse faite à David (2 S 7) pour l’Année B; et finalement, pour l’Année C, l’oracle de Michée (Mi 5, 1-4a) sur Bethléem Éphrata, lieu de naissance du Roi-Messie, et sur «celle qui doit enfanter».[1]

Du livre du prophète Michée (Mi 5, 1-4a):

1Et toi, Bethléem Éphrata, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël; ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. 2C’est pourquoi il les abandonnera jusqu’au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter. Alors le reste de ses frères reviendra aux enfants d’Israël. 3Il se dressera, il fera paître son troupeau par la puissance de Yahvé, par la majesté du nom de son Dieu. Ils s’établiront, car alors il sera grand jusqu’aux extrémités du pays. 4Celui-ci sera paix!

De la lettre aux Hébreux (He 10, 5-10):

5C’est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit:

Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m’as façonné un corps.
6Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés.
7Alors j’ai dit: Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté.
[Ps 40[39], 7-9, selon la version des Septante]

8Il commence par dire: Sacrifices, oblations, holocaustes, sacrifices pour les péchés, tu ne les as pas voulus ni agréés — et cependant ils sont offerts d’après la Loi —, 9alors il déclare: Voici, je viens pour faire ta volonté. Il abroge le premier régime pour fonder le second. 10Et c’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus Christ, une fois pour toutes.

De l’évangile selon saint Luc (Lc 1, 39-45):

39En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda. 40Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth. 41Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. 42Alors elle poussa un grand cri et dit: «Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein! 43Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur? 44Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. 45Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de qui lui a été dit de la part du Seigneur!»

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Depuis jeudi dernier [17 décembre], nous sommes dans les huit jours préparatoires à la belle fête de la naissance de notre doux Sauveur Jésus-Christ. Huit jours durant lesquels — les plus attentifs l’auront remarqué — la liturgie nous propose les grandes annonces prophétiques de la venue du Messie. Cela a commencé jeudi, avec le grand oracle fondamental de Jacob, dans la Genèse, prophétisant l’avènement du Lion de la tribu de Juda. Vendredi [18 décembre], c’était le fameux oracle du prophète Jérémie sur le Germe juste suscité dans la maison de David. Demain [lundi 21 décembre], nous aurons un extrait du Cantique des cantiques, l’un des livres les plus mystérieux de la Bible, qui nous parle du Bien-Aimé et de la Bien-Aimée (c’est-à-dire le Rédempteur et la Co-Rédemptrice). Mercredi prochain [23 décembre], il y aura un oracle également célèbre du prophète Malachie. Enfin, jeudi [24 décembre], le huitième jour, nous entendrons la promesse faite à David, par la bouche du prophète Nathan:

Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. [2 S 7, 16]

Aujourd’hui, 4e dimanche de l’Avent, dans la première lecture, nous avons entendu un autre des plus illustres oracles prophétiques, celui du prophète Michée. Saint Mathieu le reprend au début de son évangile:

Et toi, Bethléem terre de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël. [Mt 2, 6; cf. Jn 7, 42]

On peut lire cet oracle également le 8 septembre, en la fête de la Nativité de Marie. Nous sommes présentement dans l’année C [en 2009; Année B en 2020]. Si nous étions dans l’année A [comme en 2010], nous aurions lu aujourd’hui l’oracle du prophète Isaïe, également repris par saint Mathieu:

Voici que la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. [Is 7, 14]

On ne connaît pas grand-chose de la vie du prophète Michée. Il serait originaire du village de Moréshèt (Mi 1, 1), situé à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem. Il a exercé son ministère au VIIIe siècle av. J.-C., parallèlement au prophète Isaïe son contemporain. Le nom de Michée est apparenté à celui de Michel, et il signifie: «Qui est comme Dieu?» (Ps 113[112], 5) Petite curiosité: ce prénom serait le seul, dans son étymologie, à exprimer une question. En préparant cette homélie, j’ai été agréablement surpris d’apprendre que le saint prophète Michée est fêté dans l’Église le 21 décembre, c’est-à-dire demain, selon le nouveau Martyrologe romain, révisé et publié sous Jean-Paul II.

Allons maintenant à l’évangile. Comme il est beau et émouvant de voir la jeune Marie ou Myriam de Nazareth, nouvellement enceinte par la puissance du Très-Haut, se rendre rapidement chez sa cousine Élisabeth, femme âgée mais également enceinte. En effet, quel spectacle que ces deux femmes, l’une vierge et l’autre stérile, qui se partagent la joie de leur grossesse. À travers leurs mamans, les deux bébés en formation communiquent mystérieusement. C’est le premier contact de Jean le Précurseur avec Jésus le Sauveur, le Germe de Justice, le Lion de la tribu de Juda, mais aussi l’Agneau de Dieu, le Roi qui fera des épines sa couronne.

Élisabeth est la seule à partager le secret de la conception miraculeuse de Jésus. Faisant passer au second plan son travail personnel, Marie travaille pour Élisabeth, afin de finaliser le trousseau de Jean-Baptiste. Elle encourage Zacharie à croire au pardon de Dieu, lui qui est encore muet pour son manque de foi. Elle soutient Élisabeth dans les souffrances liées à la grossesse et à l’enfantement. Enfin, elle s’inquiète aussi de la douleur de Joseph, son époux très chaste et très délicat, lorsqu’il constaterait sa propre grossesse. Marie est toute Amour, Charité, Compassion. Écoutez cette réflexion de la Mère de Dieu à Maria Valtorta:

Je suis l’Éternelle Porteuse de Jésus. Il réside en mon sein /…/ comme une Hostie en l’ostensoir. Qui vient à moi, le trouve. Qui s’appuie sur moi, le touche. Qui s’adresse à moi, lui parle. Je suis son Vêtement. Il est mon Âme. Encore plus, plus uni maintenant qu’il ne le fut pendant les neuf mois qu’il se développait en mon sein, mon Fils est uni à moi, sa Maman. Et toute douleur se calme et toute espérance fleurit et toute grâce coule pour qui vient à moi et pose sa tête sur mon sein.[2]

Durant son séjour de trois mois dans la maison de Zacharie, la Vierge Sainte repassait dans sa mémoire les oracles des prophètes, en particulier ceux que nous méditons en ces 8 jours préparatoires à Noël. Par la suite, à Nazareth, quand Joseph est venu lui apprendre la nécessité de se faire recenser à Bethléem, la ville de David, la pensée de Marie s’est naturellement dirigée vers notre prophète Michée, de la première lecture:

Toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que je ferai sortir celui qui doit gouverner Israël. [Mi 5, 1; cf. Mt 2, 6]

Saint Raoul Auclair nous aide énormément dans notre compréhension des prophètes. Il fait ressortir un sens caché qui s’applique à notre temps d’Apocalypse, temps de la Co-Rédemption. Écoutez la suite de Michée:

Après un temps de délaissement, viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les enfants d’Israël. [Mi 5, 2]

Raoul y voit non seulement Celle qui a enfanté le Roi, mais également Celle qui enfantera le Royaume. Il est admirable de voir comment les prophètes nous conduisent à la fois à l’Évangile, temps de la Rédemption, et à l’Apocalypse, temps de la Co-Rédemption.

Permettez-moi une dernière réflexion, toujours en m’appuyant sur saint Raoul. Ceux qui connaissent l’histoire biblique savent qu’après la mort de Salomon, le Royaume d’Israël s’est divisé en deux: les tribus de Juda et de Benjamin au sud, avec Jérusalem pour capitale; et les dix autres tribus au nord, avec Samarie pour capitale. Nous sommes en 931 avant J.-C. Après deux cents ans de schisme, nous arrivons au temps du prophète Michée et du prophète Isaïe. C’est alors que va se passer un événement absolument majeur. En 721 avant J.-C., les Assyriens s’emparent de la ville de Samarie et condamnent les dix tribus du nord à la déportation, lesquelles tombent complètement dans l’oubli. La Bible, à partir de ce moment-là, se concentre uniquement sur le Royaume de Juda au sud.

Mais, se questionne Raoul, les dix tribus du nord ont-elles véritablement disparues? Ou plutôt, n’ont-elles pas tout simplement oublié leur identité? C’est ainsi que, pour Raoul, les dix tribus d’Israël qui se sont comme évaporées ou volatilisées, sont en fait devenues, des siècles plus tard, les dix nations barbares qui vont se partager l’Europe, lors de la chute de l’Empire romain en 476 après J.-C. Précisément là, en Europe, où s’est implanté le christianisme après la persécution des premiers chrétiens en Palestine. Descendants des Européens, nous serions donc les descendants lointains des dix tribus perdues d’Israël. Mais, en cette fin des temps où nous sommes, ce qui était perdu sera retrouvé, en vue de la grande réconciliation universelle, et d’abord la réconciliation des juifs et des chrétiens. C’est ce que Michée, dès le début, nous a annoncé:

2Après un temps de délaissement, viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter [la Femme de l’Apocalypse, en vue de l’enfantement du Royaume], et ceux de ses frères qui resteront [ceux des dix tribus perdues bientôt retrouvées, c’est-à-dire nous les chrétiens] rejoindront les enfants d’Israël [c’est-à-dire les juifs actuels qui reconnaîtront enfin leur Messie]. /…/ Ils vivront en sécurité, car désormais sa puissance [la puissance du Roi des Rois, le Rédempteur, ayant désormais à ses côtés la Co-Rédemptrice, la Souveraine de la Terre] s’étendra jusqu’aux extrémités de la terre, 4et lui-même, il sera la paix! /…/ [Mi 5, 2-3][3]

D’ailleurs, l’un des symptômes de notre identité sur le point d’être retrouvée semble être ce retour marqué à des prénoms d’origine hébraïque et biblique pour nos enfants: Isaac, Jacob, Joseph; Sarah, Rachel, Rébecca; Simon, Benjamin, Samuel; Dina, Myriam, Élisabeth; David et Judith; Suzanne et Daniel; Esther et Noémi; Isaïe, Élie, Jérémie, Joël et Zacharie, et pourquoi pas Michée?[4]

Tout cela peut paraître fabuleux, et l’est en vérité. Mais une seule chose importe: faire la volonté de Dieu. C’est encore ce que Michée nous enseigne un peu plus loin dans son livre:

On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi: rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu. [Mi 6, 8]

Et cela rejoint la Lettre aux Hébreux que nous n’avons pas commentée:

Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté, car c’est bien de moi que parle l’Écriture. [He 10, 7]

Ce qui trouve un écho dans Vie d’Amour de Marie-Paule, c’est-à-dire dans les écrits de la Dame, qui a fait de la volonté de Dieu sa devise:

«Ta Volonté, c’est ma joie, ô mon Dieu. Je suis toute à Toi [Totus Tuus] [VA II, 220]

Amen!


Notes

[1]Le 3e dimanche de l’Avent (le dimanche de Gaudete, ou «dimanche de la Joie») peut tomber le 17 décembre. Les oracles vétéro-testamentaires proposés, centrés sur la jubilation et l’allégresse de Jérusalem triomphante, sont alors les suivants:

  • Année A: Isaïe (Is 35, 1-6a.10);
  • Année B: Isaïe (Is 61, 1-2a.10-11);
  • Année C: Sophonie (So 3, 14-18a).

[2]L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, tome 1, chapitre 37, p. 143 (ancienne édition).

[3]Cf. Raoul Auclair, Eschatologie de notre Temps, pp. 146-150, 204; Tous ces Mystères dans le Mystère de Marie, pp. 208-213; L’Apocalypse, vol. II, pp. 69-73.

[4]Évidemment, la liste pourrait s’allonger encore: Jonathan, Déborah, Ruth, Emmanuel, Michaël, Gabriel, Raphaël, Matthieu, Matthias, etc.

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