«Celle» qui est dans la Trinité

[Le texte qui suit immédiatement («Icône trinitaire de Tuy») provient des pages 90-91 du livre Le Secret de Marie, en sa deuxième édition. Quelques autres considérations («L’Île-Bouchard», «Maria Valtorta») s’y ajoutent dans le cadre de ce blog. Il me fait plaisir de publier le tout en ce 12 décembre 2017, fête de Notre-Dame de Guadalupe, Patronne, Impératrice et Mère des Amériques. Celle-ci est apparue à Juan Diego, entre le 9 et le 12 décembre 1531. Nous sommes à l’époque de la découverte du Nouveau Monde par les grands navigateurs, ouvrant la période historique des «Temps Modernes». Une image miraculeuse de la Vierge s’est imprimée sur la tilma (sorte de manteau) de Juan Diego, un Amérindien mexicain de la tribu des Nahuas. Deux seuls Amérindiens figurent parmi les canonisés de l’Église: saint Juan Diego (en 2002) et sainte Kateri Tekakwitha (en 2012).]

Icône trinitaire de Tuy

 

Icône trinitaire de Tuy

La demande formelle de la consécration de la Russie a été transmise par la Vierge à Soeur Lucie le 13 juin 1929, à Tuy, au couvent des Soeurs de Sainte-Dorothée. La jeune professe assurait l’heure d’adoration à la chapelle, la nuit du jeudi au vendredi, de 23h00 à minuit. Les paroles de Notre-Dame (pour la consécration) furent précédées de la vision d’un tableau représentant la Sainte Trinité. Laissons l’humble religieuse en faire le récit:

Soudain toute la chapelle s’éclaira d’une lumière surnaturelle et sur l’autel apparut une croix de lumière qui arrivait jusqu’au plafond. En une lumière plus claire on voyait sur la partie supérieure de la croix un visage d’homme dont on ne voyait que le tronc jusqu’à la taille, sur la poitrine une colombe de lumière et cloué sur la croix le corps d’un autre homme. Un peu en dessous de la taille, suspendu dans l’air on voyait un calice et une grande hostie sur laquelle tombaient quelques gouttes de sang qui coulaient le long du visage du crucifié et sortaient d’une blessure de la poitrine. Glissant le long de l’Hostie, ces gouttes tombaient dans le Calice. Sous le bras droit de la croix se trouvait Notre-Dame (c’était Notre-Dame de Fatima tenant son Coeur Immaculé dans sa main gauche, sans épée ni roses, mais avec une couronne d’épines et de flammes. Sous le bras gauche, de grandes lettres comme si c’était de l’eau cristalline qui coulait sur l’Autel, formaient ces mots «Grâce et Miséricorde».

Soeur Lucie ajoute ce commentaire:

J’ai compris que le Mystère de la Très Sainte Trinité m’était montré, et sur ce Mystère j’ai reçu des lumières qu’il ne m’est pas permis de révéler.[1]

Le Père Hervé Lemay, Apôtre de la Dame, m’a fait remarquer[2] que Soeur Lucie a peut-être reçu, lors de cette vision, des lumières sur le Mystère de la Quinternité auquel nous croyons. De fait, la présence de Marie dans le tableau a pu s’accompagner d’une révélation intérieure sur la présence de l’Immaculée dans la Trinité. J’ai répondu au Père Hervé que Soeur Lucie n’a peut-être pas été éclairée sur le Mystère des deux Incarnations de l’Immaculée (Mère et Fille, Marie-la-Divine et Marie-Paule Co-Rédemptrice); mais que, effectivement, elle a peut-être devancé (à titre personnel) la grande révélation que Marie fera publiquement 18 ans plus tard, le 12 avril 1947 à Trois-Fontaines, à travers Bruno Cornacchiola, à savoir:

«Je suis

Celle

qui suis

dans la Trinité divine.»

 

La Vierge de la Révélation

L’Île-Bouchard

Le centenaire de Fatima (1917-2017) correspond également au 70e anniversaire de Trois-Fontaines (1947-2017). Un autre de mes confrères prêtres et amis, le Père Pierre André de Belgique, m’a récemment souligné un 70e anniversaire fort intéressant: celui des apparitions de Marie à L’Île-Bouchard, village situé au coeur de la France, du 8 au 14 décembre 1947. La Vierge, accompagnée de l’ange Gabriel, se présenta en l’église Saint-Gilles, près du vitrail représentant Notre-Dame de Lourdes, sous les yeux éblouis de quelques fillettes. À Lourdes, le jour de l’Annonciation (25 mars 1858), Marie révèle son mystère:

«Je suis

l’Immaculée Conception.»

À L’Île-Bouchard, le jour de l’Immaculée Conception (8 décembre 1947), Marie se présente en la forme de la Vierge de l’Annonciation. Ainsi pour Raoul Auclair, qui a parlé des apparitions de L’Île-Bouchard en quelques endroits de ses écrits,[3] Marie réitère son mystère de «Quasi-Éternelle» (en tant qu’Immaculée Conception),[4] tout comme il emploiera l’expression «Quatrième de Dieu en Trois Personnes» pour décrire «Celle» qui, à Trois-Fontaine, a déclaré être «dans la Trinité».[5] L’Immaculée Conception est le nom d’éternité de «Celle» qui, «antérieure» à la Création, est la Co-Créatrice aux côtés du Créateur.[6]

Et pourtant, si sublime que soit la Vierge, Transcendance des transcendances, elle ne dédaigne point ses titres secondaires et ses prérogatives transitoires. La Mère du Fils de l’Homme sait toujours demeurer la mère des hommes; et la Souveraine des prairies immenses du Sabaoth se souvient qu’elle est la Bergère de France.[7]

En effet, depuis l’édit royal de Louis XIII du 10 février 1638 qui consacrait la France à la Vierge Marie, celle-ci est officiellement et juridiquement «Reine de France». Le message essentiel de L’Île-Bouchard fut la demande de Marie, réitérée à cinq reprises, de «prier pour la France», laquelle, «en ce temps-ci», «en a grand besoin», puisqu’elle «est en grand danger».

[Raoul Auclair relate, dans les références citées concernant L’Île-Bouchard, le coup qui se préparait à Paris, orchestré par Moscou. Il montre comment la mort du général Leclerc (Philippe de Hauteclocque, dit «Leclerc», 1902-1947) et ses obsèques nationales[8] ont contribué à déjouer ce coup. Le général Leclerc, héros de guerre et maréchal de France à titre posthume, fut commandant de la 2e Division Blindée lors de la Deuxième Guerre mondiale. Il prit part entre autres à la Bataille de Normandie et la Libération de Paris. Il était un homme pieux et grand dévot de la Sainte Vierge, récitant le chapelet tous les jours.]

Historiquement, l’église Saint-Gilles de L’Île-Bouchard fut l’ultime étape où s’arrêta Jeanne d’Arc pour prier, le 6 mars 1429, avant de rencontrer le Dauphin Charles (le futur Roi Charles VII) à Chinon.

Concluons par ce passage de Raoul, tiré de son deuxième article sur L’Île-Bouchard:

La Dame était belle, très belle. Mais cela, nous le savons, puisque tel est le constant témoignage de tous les privilégiés de Marie. Elle paraît, ici, comme à Lourdes, avoir dix-sept ans. Et, ici comme à Lourdes ― pour ne pas dire comme en toutes ses épiphanies ― le chapelet qu’elle porte passé à son bras nous est montré, et donc proposé. D’ailleurs, elle participe à la prière des enfants à qui elle a demandé de dire le chapelet.[9]

 

L'apparition de l'Île-Bouchard

Maria Valtorta

Il me plaît de rappeler un dernier «70e anniversaire» (outre Trois-Fontaines et L’Île-Bouchard), en lien direct avec ce qui précède. Il s’agit d’une vision reçue par Maria Valtorta, mystique italienne (1897-1961), datée du 24 octobre 1947 et consignée dans Les Cahiers de 1945 à 1950.[10] Voici le récit de cette vision:

Je vois la représentation incandescente de la sainte Trinité: le Triangle sous la forme duquel elle se montre à nos sens humains.

Marie se tient au centre de ce signe divin et resplendissant, sous son aspect glorifié le plus éclatant. Je ne l’ai jamais vue aussi belle et aussi glorieuse: une flamme d’une blancheur qui se détache sur le Foyer ardent du Dieu un et trine. Tout en elle est lumière, son corps, son visage, ses mains, ses vêtements. Lumière! Lumière! Quelle lumière douce et puissante, quelle beauté lumineuse chez Marie, quelle éternelle jeunesse incorruptible chez la bienheureuse Vierge Mère! Et quelle humilité! Quelle prière! Elle a les mains croisées sur la poitrine comme à l’Annonciation, le visage levé haut pour regarder le sommet rayonnant de l’Amour un et trine. Et pourtant tout est humilité en elle. Le lys est moins blanc qu’elle, le soleil et la lune moins rayonnants. Elle est contenue dans le Triangle divin jusqu’à hauteur des hanches. Le reste de son corps, ses jambes enveloppées du vêtement du paradis, se détache sur l’éclat de l’empyrée.

Un petit dessin, tracé par Maria Valtorta, accompagne le récit, représentant Marie dans le Triangle. La voyante s’excuse de son incapacité et de sa pauvreté à exprimer en mots humains la sublimité de ce qu’elle a vu. Elle tente tout de même d’apporter une explication:

J’ai dit que Marie, toute glorieuse, «est contenue dans le Triangle divin jusqu’à hauteur des hanches». Non pas que Marie soit plus grande que la représentation de la sainte Unité et Trinité de Dieu. Cette dernière est bien plus grande, bien plus splendide que Marie, pourtant resplendissante. Mais je crois que le Très-Haut veut me montrer cette vision pour me faire comprendre que Marie est grande, très grande, la seconde après Dieu qui est le premier, mais sans être comme Dieu, qui est immense, infini. Marie m’apparaît comme cela dans le Triangle divin, mais comme s’il veillait sur elle, l’étreignait de ses éclairs d’amour, comme sa créature préférée à tous les enfants des hommes, mais qui reste une créature. [nous soulignons]

Tout cela rejoint étonnamment l’affirmation de la Vierge à Bruno Cornacchiola à Trois-Fontaines («Je suis Celle qui suis dans la Trinité divine»). Une révélation peut-être anticipée lors de la vision trinitaire du 13 juin 1929 à Tuy, par Soeur Lucie, comme expliqué plus haut. Toutes ces communications célestes tendent à démontrer l’extrême grandeur de Marie Immaculée, mais personne n’ose alors affirmer que celle-ci est Dieu. Telle est pourtant la foi proclamée par les pauliens («l’Immaculée est Dieu»), depuis les déclarations solennelles faites par le Roi Marc-André Ier, les 31 mai 2012 (concernant la Fille) et 14 septembre 2014 (concernant la Mère).

Même les expressions de Raoul Auclair («Quasi-Éternelle», «Quatrième de Dieu en Trois Personnes») cherchent à laisser Marie en deçà de la Divinité, tout en la hissant au seuil de celle-ci. Mais nous avons vu précédemment que Raoul a qualifié Marie de «Transcendance des transcendances»,[11] et au moins à deux reprises, il a osé employer l’expression «Co-Éternelle», appliquée à l’Immaculée.[12]

Il est significatif que Maria Valtorta emploie l’expression «Mais je crois que», soulignée en gras plus haut, qui relève de l’opinion ou de l’interprétation personnelle. Pourtant, après avoir décrit la vision de Marie dans le Triangle, la voyante rapporte les paroles prononcées par le Père éternel en lien avec cette vision:

«C’est ainsi que Marie est en nous. Que les savants en théologie comprennent le sens et le contenu de cette vision sur le pouvoir et la connaissance de Marie, à qui tout l’Amour se donne, à qui toute la Sagesse se révèle et devant qui toute la Puissance s’incline pour l’exaucer.»

Si tout l’Amour (l’Esprit Saint) se donne à Marie, si toute la Sagesse (le Fils) se révèle à Marie, et si toute la Puissance (le Père) s’incline devant Marie, n’est-ce pas une façon de dire que l’Immaculée appartient au Mystère de la Divinité tout entière, soit la Quinternité: le Père et le Fils, la Mère et la Fille, dans l’Unité de l’Esprit.[13]


Notes

[1]Cf. Memórias e cartas da Irmã Lúcia, (reproduction du manuscrit original, accompagné du texte comparatif en trois langues: portugais, français, anglais) Porto, Composição e impressão de Simão Guimarães, Filhos, Lda.; Depositária: L.E., 1973, pp. 462-465.

[2]Lors d’une conversation téléphonique, le 29 mai 2017.

[3]Cf. Le Crépuscule des Nations, pp. 215-221 (où Raoul met en relation les apparitions de L’Île-Bouchard avec celles de Pellevoisin); Mystère de l’Histoire, pp. 266-269; «L’Île-Bouchard et le complot de Satan» (L’Étoile, n. 8, février 1980, p. 12) [E-08], article repris dans le livre Tous ces Mystères dans le Mystère de Marie, pp. 151-160); «La Femme victorieuse» (L’Étoile, n. 17, décembre 1980-janvier 1981, pp. 9-10) [E-17].

[4]Cf. Eschatologie de notre Temps, p. 241; Tous ces Mystères dans le Mystère de Marie, p. 34; La Dame de tous les Peuples, pp. 31, 55, 74; L’Apocalypse, vol. II, p. 204; L’Homme Total dans la Terre Totale, pp. 58, 68, 71, 95, 194.

[5]Cf. Tous ces Mystères dans le Mystère de Marie, p. 50; L’Apocalypse, vol. I, p. 184; vol. III, pp. 240, 336; L’Homme Total dans la Terre Totale, p. 56, 58, 73, 107, 112, 125, 281, 379, 388, 466-468; «Grandeur, mission, et mystère de Marie» (Le Royaume, n. 68, mai-juin 1989, pp. 8-9) [LR-068]; «“Celle” ou le Grand Mystère» (Le Royaume, n. 117, mars-avril 1997, pp. 8-10) [LR-117]. Cf. également Marc Bosquart, «La place de Marie et de Marie-Paule en Dieu» (Le Royaume, n. 241, juillet-août 2016, pp. 7-8) [LR-241]. La révélation du mystère de l’Immaculée, en notre temps, est progressive. C’est Marie elle-même qui en marque les étapes, au fil de ses épiphanies, selon qu’elle s’est auto-définie à Trois-Fontaines: «Je suis la Vierge de la Révélation.»

[6]Dans l’Ancien Testament, elle était déjà personnifiée sous les traits de la Sagesse (Pr 8, 22-31).

[7]Raoul Auclair, Le Crépuscule des Nations, p. 220.

[8]Celles-ci ont eu lieu le 8 décembre 1947, le jour même de la première apparition de L’Île-Bouchard.

[9]«La Femme victorieuse» (L’Étoile, n. 17, décembre 1980-janvier 1981, p. 9) [E-17].

[10]Isola del Liri (Italie), (traduction de l’italien par Yves d’Horrer) Centro Valtortiano Editoriale srl, 2012, pp. 425-426.

[11]Le Crépuscule des Nations, p. 220.

[12]L’Homme Total dans la Terre Totale (publié le 21 novembre 1985), p. 428; L’Apocalypse, vol. III (publié le 13 mai 1987), p. 250. Nous sommes à l’époque de la publication (le 28 août 1986) du livre Le Rédempteur et la Co-Rédemptrice de Marc Bosquart, qui qualifiait déjà à ce moment-là l’Immaculée de «Co-Éternelle» à Dieu.

[13]On peut lire, à titre de complément, l’article suivant de Marc Bosquart: «Marie-Paule, “Est-ce que tu es vraiment Dieu?”» (Le Royaume, n. 230, novembre-décembre 2014, pp. 3-8) [LR-230].

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