L’amour ne passera jamais

[Le 12 mai 2018, à Waterville, le privilège me fut accordé de bénir le mariage d’Emilie et de Ludovic. Le mariage a été célébré dans le cadre de l’Église de Jean, ou la Communauté de la Dame de tous les Peuples, regroupement auquel je fais partie comme prêtre, de même que la nouvelle mariée, Emilie. La cérémonie s’est déroulée dans la belle église appartenant à la United Church of Canada, avec la permission généreuse et cordiale de son pasteur, le Révérend Mead Baldwin. En 11 ans de sacerdoce, c’était la deuxième fois qu’il m’était donné de bénir un mariage. Je partage ci-dessous le texte de l’homélie que j’ai prononcée en cette occasion.]

  • Lecture: 1 Co 12, 31 — 1 Co 13, 8
  • Évangile: Mc 10, 6-9

*****

«DANS LE SACREMENT DU MARIAGE, DEVANT DIEU, VOUS PROMETTEZ AU CONJOINT DE LUI ÊTRE FIDÈLE POUR LA VIE. AVEZ-VOUS PENSÉ QUE C’EST À CELUI OU À CELLE QUI VOUS ACCOMPAGNE QUE VOUS FAITES LA PROMESSE?»

Ainsi s’exprimait le Seigneur à notre Maman spirituelle Marie-Paule, ou Mère Paul-Marie, lors d’une communication céleste, d’ordre mystique, le 29 juillet 2007.[1]

Cette communication apparemment «étrange» (LB-III, 66; LB-III, 94) à propos du mariage est, en vérité, lourde de signification et d’implication. Elle jette une «éclatante lumière» (LB-III, 83), une «vive lumière» (LB-III, 86-87), et même une «lumière fulgurante» (LB-III, 94) (toutes des expressions du Livre blanc III), pour une meilleure «compréhension du sacrement du mariage», dans un enseignement «tout à fait traditionnel et cependant nouveau dans le contexte actuel» (LB-III, 83).

Tout d’abord, le Seigneur nous rappelle que ce sont les époux qui, par l’échange de leur consentement, se donnent à eux-mêmes le sacrement du mariage.[2] Et si nulle puissance ou autorité humaine n’a le pouvoir de dissoudre ou de briser l’alliance et le pacte sacré du mariage («ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas»), il est tout aussi vrai que personne, pas même un Pape ou un Roi, n’a le pouvoir d’empêcher ou d’interdire un mariage, à l’exception des unions illégitimes clairement définies par la loi naturelle ou la loi de Dieu.[3]

Grand, oui, en vérité très grand, est le mystère de l’union d’un homme et d’une femme qui se donnent l’un à l’autre, dans l’Amour, et qui sont prêts à coopérer avec le Créateur pour donner naissance à de nouveaux être humains, destinés à la Vie éternelle. Déjà, Emilie et Ludovic se sont acceptés mutuellement l’un et l’autre, au plus profond de leur âme, de leur coeur et de leur conscience. Mais aujourd’hui, les deux fiancés, dans une joie débordante, veulent sceller leur union, en extériorisant, en manifestant publiquement leur consentement, non seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes.[4]

Je veux donc, au nom de toute l’assemblée, remercier Ludovic et Emilie de nous avoir invités à leur mariage, afin d’en être les témoins, de les accompagner de notre amitié et de communier à leur joie. Merci de me permettre, à moi prêtre, d’entourer votre union de la bénédiction de Dieu, et d’y apporter le soutien et le réconfort d’un aliment spirituel, l’Eucharistie, le Pain des Anges, le Pain des Forts, mais aussi le Pain de l’Amour, dans lequel est présent, nous le croyons, le Couple divin et rédempteur, Jésus-Christ et Paul-Marie.

Une route pleine de défis s’ouvre devant vous. Guidés par les événements de la vie, un appel mystérieux, une vocation, vous a attirés l’un vers l’autre, avec de multiples affinités et de belles qualités, à travers même vos différences et vos défauts. La clef maîtresse, qu’il faudrait graver sur notre coeur, est le «respect mutuel», c’est-à-dire cet amour qui ne passera jamais, comme disait la première lecture tirée des écrits de saint Paul, un apôtre au coeur universel.

[Vitraux de l’église de la United Church of Canada à Waterville.]

vitrail-bon-pasteur
Le Bon Pasteur, qui a dit: «Je donne ma vie pour mes brebis.» (Jn 10, 15)

Le 13 mai 2007, ma Mère Fondatrice reçut une vision, par laquelle Dieu voulait nous rappeler un enseignement du Christ, fondé sur l’amour et le respect mutuel. Marie-Paule a appliqué cette vision à la question des mariages mixtes, des mariages interconfessionnels ou interreligieux, c’est-à-dire entre personnes de foi ou de croyance différente. Elle raconte:

Pendant la messe du dimanche 13 mai au matin, passe sous mes yeux l’image de Jésus au puits de Jacob, en compagnie de la Samaritaine à qui Il a dit qu’elle avait eu sept maris, etc. Et il m’est «montré» avec insistance que Jésus a fracassé toutes les barrières, car les Juifs n’avaient pas le droit de s’adresser aux Samaritains. Plusieurs fois, au cours de la messe, cette image me revient. Je «comprends».

Il se trouve que nous avons en ce moment un problème à résoudre, ayant reçu une lettre d’un Père Fils de Marie qui a une soeur qui se mariera bientôt à un protestant. En lisant sa lettre, je «voyais» une porte ouverte donnant sur une belle lumière. Pourtant, l’Église catholique est plutôt fermée à ce sujet ou n’est ouverte qu’à certaines conditions très sévères. Et l’une de ces conditions est que l’on exige du parti protestant qu’il garantisse à l’époux ou à l’épouse catholique que leurs enfants seront baptisés à l’Église catholique. Ne serait-ce pas mieux d’attendre les événements? D’abord, Dieu leur donnera-t-Il des enfants? La grâce du moment présent ne manque jamais. Le respect, l’un pour l’autre, devrait être de rigueur.

Ce matin, par cette insistance répétée du Seigneur qui fracasse l’esprit sectaire ou l’attitude d’exclusion des Juifs, je comprends.[5]

Dans une autre circonstance similaire, Marie-Paule écrivait encore ceci:

Mais il y a des protestants aux bonnes intentions et il y a des catholiques aux mauvaises intentions. Et si Dieu permet ces unions, c’est qu’Il a Ses vues. Peut-on savoir pourquoi deux personnes parfois si différentes sont liées? Elles peuvent être différentes aussi sur le plan humain dans leurs élans ou leur croyance, ce qui exigera un respect mutuel. Il faudra de la douceur, de la compréhension, l’exemple qui entraîne et non des paroles cherchant à convaincre et qui rebutent.[6]

À cet égard, il m’apparaît très significatif que notre cérémonie se déroule dans une église de la United Church of Canada, l’Église unie du Canada. Je désire remercier le pasteur de cette église de nous avoir ouvert ses portes, dans un bel esprit de collaboration oecuménique. Par-delà les divergences de vues, nous sommes animés de la conviction que «ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous divise».[7]

L’Église de Jean doit s’ouvrir à tous, écrit encore Mère Paul-Marie, sans exclure personne, jamais, en aucun temps. Qui sommes-nous pour juger les autres? /…/ Que de grâces sont déversées par les sacrements!… Grâces d’amour, de lumière, de joie que Dieu distribue, qu’Il serait heureux de répandre aussi sur les Églises séparées. [LB-V, 83]

Ut omnes unum sint.» — «Que tous soient un.» (Jn 17, 21)]

Permettez-moi de conclure cette homélie par un dernier passage de Marie-Paule, provenant d’une lettre qu’elle m’avait écrite personnellement. C’était en octobre 2006. Je me préparais à devenir prêtre, nous étions à la veille des ordinations. J’avais moi-même écrit à Marie-Paule, me confiant à elle comme un enfant à sa mère. Je lui faisais part de mes craintes à l’idée de devenir prêtre, ne me sentant pas à la hauteur des exigences de la prêtrise. Elle m’a encouragé à aller de l’avant, selon l’appel ressenti, malgré mes défauts et malgré mes faiblesses. Dans sa réponse, Marie-Paule fait un parallèle avec le mariage, et c’est ce passage que je veux vous partager. J’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’être parfait, car sinon, personne ne deviendrait prêtre, et personne ne se marierait. Écoutons une dernière fois les paroles de lumière de notre Mère, si bonne et si compréhensive:

J’avais fait, à l’époque, la comparaison avec les Pères à la direction ici, et je leur avais dit que Dieu appelle chacun à sa manière. Ainsi, dans le mariage, Dieu dispose en l’homme et la femme des affinités qui les attire l’un vers l’autre. Pourquoi certaines bonnes filles sont-elles attirées parfois vers un homme qui a certaines difficultés de caractère? ou vers un homme infirme?… Il y a un appel ressenti et c’est cet homme-là qui attire à la fois la (ou sa) compassion. L’un aide l’autre et Dieu les veut dans son paradis. L’un ou l’une rachète l’autre. Faudrait-il que deux personnes quasi parfaites aient seules l’avantage de s’épouser? Il y a toujours des surprises dans la vie. Il nous faut apprendre à respecter l’autre, car il n’y a pas deux personnes identiques en ce monde.

Voilà où nous en sommes, chers frères et soeurs bien-aimées. J’espère ne pas vous surprendre. Emilie et Ludovic, je vous souhaite donc un cheminement à deux sur une route éclairée, avec l’aide de Dieu. Exhalez partout sur votre passage le parfum délicat de votre amour, qui se traduira en toutes sortes de délicatesses et de gestes d’amitié, non seulement entre vous, mais à l’égard de toutes les personnes qui croiseront votre route. Que votre engagement en ce jour nous stimule, tous et chacun ici présents, à persévérer dans notre propre engagement. Après quelques instants de silence, nous procéderons à l’échange de vos consentements.

*****

[Voici la traduction française (Bible de Jérusalem) des quatre phrases représentées dans les vitraux.]

«Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.» (Lc 22, 20; 1 Co 11, 25)

«En elle [l’espérance], nous avons comme une ancre de notre âme.» (He 6, 19)

 «C’est donc qu’un repos, celui du septième jour, est réservé au peuple de Dieu.» (He 4, 9)

«Ils m’accompagneront, en blanc, car ils en sont dignes.» (Ap 3, 4)


Notes

[1]Le Livre blanc III, Amour céleste, p. 66 (LB-III, 66); cette communication céleste est rapportée à deux autres reprises, aux pages 86 et 94. Le chapitre 16 du Livre blanc III s’intitule «Mariage de conscience». Cette thématique sera admirablement rappelée par le Père Sylvain Guilbault, dans un court article: «L’Église de Jean, l’Église de la conscience» (Le Royaume, n. 191, mai-juin 2008, p. 19) [LR-191].

Nous touchons ici au coeur et à l’essence même du mariage:

  • PROMESSE DE FIDÉLITÉ
  • DEVANT DIEU
  • POUR LA VIE
  • LES CONJOINTS L’UN ENVERS L’AUTRE

Cette réalité (du mariage) existe depuis des millénaires, elle remonte à la nuit des temps, au moins jusqu’à Adam et Ève.

[2]Comme le reconnaît le Catéchisme de l’Église catholique, «ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du Christ, se confèrent mutuellement le sacrement du Mariage en exprimant devant l’Église leur consentement» (n. 1623). Le prêtre ne donne pas le sacrement du mariage, il le bénit seulement.

[3]Les empêchements de droit naturel et divin incluent l’impuissance (antécédente, perpétuelle et certaine), le lien antérieur et la consanguinité en ligne directe (entre ascendant et descendant), à quoi l’on peut rajouter la consanguinité au second degré en ligne collatérale (entre frère et soeur). Les autres empêchements (en petit nombre) relèvent du droit ecclésiastique (ils ont été institués par l’Église): ils n’ont pas une portée absolue et peuvent être dispensés. De par la volonté du Créateur, l’homme et la femme ont droit au mariage (incluant le droit de choisir librement le conjoint).

[4]En Vie d’Amour, l’exemple est donné du couple Louise et Richard, lesquels, aux yeux de Dieu, se sont épousés en conscience le 31 mai 1969, dans le sanctuaire Notre-Dame-d’Etchemin (en s’acceptant mutuellement, dans leur coeur, au pied de la statue de la Vierge).

Leur union sera bénie «officiellement» en l’église de Saint-Pie X, lundi le 2 juin [1969]. C’est alors qu’ils recevront le sacrement de mariage qui leur permettra de vivre à deux tel que Dieu le veut. [VA III, 320]

Le Livre blanc III, qui rapporte la communication mystique du 29 juillet 2007 (citée au début de la présente homélie), établit un parallèle entre cette grâce et le mariage de Louise et de Richard (LB-III, 96-100). Le consentement intérieur (qui s’enracine dans la conscience) du 31 mai 1969 sera manifesté extérieurement et publiquement le 2 juin suivant.

[5]Le Livre blanc III, Amour céleste, p. 17 (LB-III, 17).

[6]Le Livre blanc V, Ouverture sur le Ciel, p. 84 (LB-V, 84). Cette citation de Marie-Paule provient originellement du témoignage de Marie-Ève Bouffard Riddell, lors du Triduum de septembre 2008 à Spiri-Maria, en la journée consacrée à la maternité (cf. Le Royaume, n. 194, novembre-décembre 2008, pp. 5-6, spécialement la section «Le respect mutuel», p. 6, 3e colonne) [LR-194]. Le chapitre 16 du Livre blanc V (LB-V, 83-87) contient un texte intitulé «Deux voies différentes mais convergentes», composé par Soeur Chantal Buyse et lu par Sébastien Bouffard lors du Triduum de mai 2009 (cf. Le Royaume, n. 197, mai-juin 2009, p. 5) [LR-197]. Ce texte rappelle le témoignage de Marie-Ève, incluant la citation de Marie-Paule. Durant ce même Triduum de mai 2009, nous avons assisté, lors de la messe solennelle du vendredi soir 29 mai, au mariage de Nathalie van Loon et Karel Van Renterghem (qui ont régularisé leur situation d’union libre de fait). Cf. p. 4 du journal Le Royaume, n. 197.

[7]Jean-Paul II, citant Jean XXIII, dans la lettre encyclique Ut unum sint, 25 mai 1995, sur l’engagement oecuménique, n. 20; cf. lettre apostolique Tertio millennio adveniente, 10 novembre 1994, n. 16.

 

3 commentaires sur “L’amour ne passera jamais

  1. Je lis dans ton homélie ceci: « Pourtant, l’Église catholique est plutôt fermée à ce sujet (i.e mariages mixtes) ou n’est ouverte qu’à certaines conditions très sévères. Et l’une de ces conditions est que l’on exige du parti protestant qu’il garantisse à l’époux ou à l’épouse catholique que leurs enfants seront baptisés à l’Église catholique”.

    Ceci n’est pas exact. En effet, L’Eglise n’est pas du tout fermée aux mariages mixtes et elle n’exige pas du protestant qu’il guarantisse à l’époux que les enfants seront baptisés à l’Eglise catholique. Le Protestant doit être informé de l’obligation morale de la partie Catholique. Voici ce qu’enseigne l’Eglise et toutes les « conditions » dites « sévères » au canon 1125

    Canon. 1125 – L’Ordinaire du lieu peut concéder cette permission (d’un mariage mixte) s’il y a une cause juste et raisonnable; il ne la concédera que si les conditions suivantes ont été remplies:

    1. la partie catholique déclarera qu’elle est prête à écarter les dangers d’abandon de la foi et promettra sincèrement de faire tout son possible pour que tous les enfants soient baptisés et éduqués dans l’Église catholique; 2 l’autre partie sera informée à temps de ces promesses que doit faire la partie catholique, de telle sorte qu’il soit établi qu’elle connaît vraiment la promesse et l’obligation de la partie catholique; 3 les deux parties doivent être instruites des fins et des propriétés essentielles du mariage, qui ne doivent être exclues ni par l’un ni par l’autre des contractants.

    David, Il te faut être prudent et savoir ce qu’enseigne vraiment l’Eglise et non affirmer ce tu penses que l’Eglise enseigne comme son enseignement !

    Autrefois, avant le Concile l’affirmation était vraie, mais le Concile, le Pape Paul VI dans le beau document « Marriages mixtes » du 31 Mars 1979 et ensuite le code de 1983 établissent les normes qui sont en vigueur dans l’Eglise du Seigneur Jésus. Ça vaudrait la peine que tu lises « Matrimonia Mixta » de Paul VI pour l’étudier…. bonne étude !

    J'aime

    1. [Le Père Michel Palud est un prêtre missionnaire oeuvrant en Jamaïque depuis de nombreuses années. Il est docteur en Droit canonique. De 1983 à 2001, il a été membre de la Communauté des Fils de Marie, qu’il a quittée suite à la Note doctrinale des évêques canadiens.]

      Bonjour Père Michel,

      Tu as raison, Marie-Paule, dans la citation que j’ai reproduite du Livre blanc III (p. 17) se réfère à la position de l’Église pré-Vatican II. Le canon 1060 de l’ancien Code de 1917 avait une formulation «très sévère»:

      «L’Église interdit partout très sévèrement qu’un mariage soit conclu entre deux personnes baptisées dont l’une est catholique, l’autre inscrite à une secte hérétique ou schismatique; s’il y a danger de perversion du conjoint catholique et des enfants, une telle union est également prohibée par la loi divine elle-même.»

      Cette interdiction relevait des «empêchements prohibitifs» (affectant la licéité seulement), et non des «empêchements dirimants» (affectant également la validité). Pour les mariages en disparité de culte (où l’une des parties est catholique et l’autre non baptisée), l’Église catholique, à l’heure actuelle, maintient toujours une clause dirimante à leur interdiction.

      Le canon 1061 de l’ancien Code n’accordait la dispense «de l’empêchement de religion mixte» que si la partie non catholique «donne la garantie d’écarter le danger de perversion du conjoint catholique et si les deux conjoints donnent celle de baptiser tous leurs enfants et de leur assurer la seule éducation catholique».

      J’avais déjà lu dans le passé le motu proprio Matrimonia mixta de Paul VI, du 31 mars 1970 (et non 1979, certainement une faute de frappe). Je suis allé le relire en sa version italienne sur le site du Vatican (le document est aussi disponible en anglais).

      Aujourd’hui, suite à Matrimonia mixta, seule la partie catholique doit promettre «de faire tout son possible pour que tous les enfants soient baptisés et éduqués dans l’Église catholique», comme tu le rappelles (cf. canon actuel 1125).

      Si Matrimonia mixta a effectivement et opportunément assoupli les lois autrefois en vigueur (incluant l’abrogation des peines d’excommunication du canon 2319 de l’ancien Code), il reste que, à mes yeux, le motu proprio de Paul VI se ressent encore de la sévérité disciplinaire d’autrefois (peut-être pourrait-on dire que nous sommes passés de «très sévère» à «sévère»).

      Dans mon homélie, je me suis contenté de citer directement Le Livre blanc III, conscient que Marie-Paule exprimait (tu le reconnais toi-même) la position ecclésiale pré-Vatican II («très sévère»), et non celle qui prévaut depuis Matrimonia mixta (pourtant encore «sévère»). Peut-être Marie-Paule était-elle davantage marquée, dans son vécu, par cette position de l’ancien Code, et moins au fait des quelques assouplissements ultérieurs.

      Mais cette «inexactitude» de Marie-Paule n’affecte en rien la teneur essentielle du message qu’elle entend apporter (après avoir eu la vision de Jésus au puits de Jacob, en compagnie de la Samaritaine, le Seigneur ayant fracassé tout esprit sectaire ou attitude d’exclusion). En d’autres termes, Marie-Paule va encore plus loin que Matrimonia mixta dans la souplesse et la simplicité à avoir dans les mariages mixtes, basant principalement son approche sur le respect mutuel dans le couple, qui doit être de rigueur. C’est très beau, et cela se situe dans la droite ligne du décret Nostra aetate du Concile Vatican II et de la Rencontre d’Assise organisée à l’initiative de Jean-Paul II en 1986.

      [Une autre «inexactitude» est présente dans le texte de Marie-Paule: la Samaritaine n’a pas eu «sept maris», mais bien «cinq maris», selon Jn 4, 18. Marie-Paule a pu faire une confusion avec l’épisode (rapporté par les Synoptiques) de la femme qui a épousé successivement «sept frères» en vertu de la loi du lévirat, lors de la discussion des Sadducéens avec Jésus, afin de nier la résurrection des morts. Mais cette petite erreur («sept» au lieu de «cinq») n’entache en rien le fond du message, qui est, je le répète, très beau.]

      Pour ce qui est du reste, cher Père Michel, nous pouvons ensemble remercier le Seigneur pour le bagage de vérité que nous partageons en commun, même s’il existe des divergences, sachant que «ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous divise».

      Que le Seigneur bénisse ton apostolat en terre jamaïquaine!

      Père David

      Post-scriptum

      L’enseignement que j’ai donné dans mon homélie est conforme à l’enseignement traditionnel de l’Église sur les finalités et propriétés essentielles du mariage. Il faut distinguer entre la doctrine (vérités immuables) et la discipline (lois adaptables aux nécessités des temps). Voici quelques passages des messages de la Dame de tous les Peuples à Amsterdam (le texte est celui de Raoul Auclair):

      «Écoute bien. La doctrine est vraie. Mais le Pape est habilité à changer les lois. Qu’il persévère donc.» «Enfant, ces lois peuvent être changées. Cela peut, cela doit être changé.» (19e vision, 3 décembre 1949)

      «La doctrine est bonne, mais les lois peuvent et doivent être changées.» «La doctrine demeure; mais les lois peuvent être modifiées.» (27e vision, 11 février 1951)

      «La doctrine est bonne, mais les lois peuvent être changées.» (38e vision, 31 décembre 1951)

      «L’Église est et demeure. La doctrine est et demeure. La forme, cependant, et les lois, avec l’intervention de l’Esprit Saint, peuvent être amendées. Dis cela à tes théologiens.» (39e vision, 17 février 1952)

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