«Le souci de toutes les Églises!»

[Je continue ma réflexion sur l’apôtre Paul, au lendemain de la fête des apôtres Pierre et Paul (29 juin) et de celle des premiers martyrs de l’Église de Rome (30 juin), à la veille de celle de l’apôtre Thomas (3 juillet).]

*****

24Cinq fois j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet; 25trois fois j’ai été battu de verges; une fois lapidé; trois fois j’ai fait naufrage. Il m’est arrivé de passer un jour et une nuit dans l’abîme! 26Voyages sans nombre, dangers des rivières, dangers des brigands, dangers de mes compatriotes, dangers des païens, dangers de la ville, dangers du désert, dangers de la mer, dangers des faux frères! 27Labeur et fatigue, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité! 28Et sans parler du reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Églises! [2 Co 11, 24-28][1]

Dans l’article «Le Paul, c’est toi!», nous avons abordé la figure de saint Paul sous différents aspects, à l’occasion de la sortie au cinéma du film Paul, Apostle of Christ. Depuis le 19 juin 2018, ce film est également disponible sous forme de Blu-ray / DVD.

Nous avons vu que l’Église d’Antioche est la première Église à avoir été fondée après l’Église-Mère de Jérusalem. Antioche est une ville historique située sur le bord du fleuve Oronte, dans le territoire de la Turquie actuelle, près de la frontière avec la Syrie actuelle. Elle fut fondée vers 300 av. J.-C. par Séleucos Ier, ancien général d’Alexandre le Grand et fondateur de la dynastie des Séleucides. Construite à 20 kilomètres de la mer, elle est rattachée au port de Séleucie, à l’embouchure de l’Oronte, qui se jette dans la Méditerranée. À l’époque du Nouveau Testament, elle est la capitale de la province romaine de Syrie. Avec un demi-million d’habitants, Antioche était la troisième ville de l’Empire romain, après Rome et Alexandrie. La métropole de l’Orient constituait le point de départ de la route de la soie.

[Parmi les descendants de Séleucos Ier (358-281 av. J.-C.), Antiochos III le Grand (242-187 av. J.-C.) «est considéré comme le souverain le plus important de la dynastie séleucide qui règne en Asie, après son fondateur» (Wikipédia). Antiochos III est le père d’Antiochos IV Épiphane («l’Illustre» ou «le Révélé») (215-164 av. J.-C.). Ce dernier est le célèbre tyran persécuteur et profanateur qui apparaît dans les deux Livres des Maccabées. Puisque la ville d’Antioche est la capitale du royaume des souverains séleucides, elle est aussi mentionnée dans ces deux livres bibliques. Antiochos IV Épiphane est le premier à avoir installé l’«abomination de la désolation» dans le Temple de Jérusalem, en y dressant la statue de Zeus-Jupiter, image prophétique «de ce que sera “lʼAbomination de la désolation” dans lʼÉglise universelle» aux jours de l’Antéchrist (Raoul Auclair, L’Apocalypse, vol. I, p. 347). À ce titre, Antiochos IV Épiphane est considéré, à l’instar de Néron, comme une préfigure de l’Antéchrist.]

L’histoire de Paul nous ramène toujours dans les grandes cités et dans les agglomérations importantes. Après Jérusalem, Antioche deviendra le second berceau de l’Église naissante. Les trois étapes du développement de la jeune communauté en marche vers l’Église universelle, sont caractérisées par les noms: Jérusalem — Antioche — Rome. Antioche exerça une profonde influence sur l’Apôtre: elle devint pour 20 ans sa patrie d’élection et de prédilection, et le point de départ de ses grandes missions.[2]

L’Église est fondée à Jérusalem; mais elle sera tout aussitôt transportée. /…/ Parce qu’Israël n’a pas su reconnaître celui que ses prophètes annonçaient, le Temple a été brûlé, le peuple massacré [par les armées de Titus en l’an 70], la synagogue rejetée et la capitale religieuse [désormais catholique] transférée à Antioche, puis à Rome. [Raoul Auclair, Histoire et Prophétie, pp. 123-124]

En s’installant dans des villes comme Corinthe ou Éphèse, Paul fréquente ou s’établit dans des villes peuplées et en plein essor. Il n’établit pas des communautés dans des contrées reculées, éloignées de toute activité de la société, comme le feront plus tard, non pas tous les chrétiens mais ceux d’entre eux qui fonderont le monachisme. Paul choisit les villes qui sont des métropoles, des capitales provinciales comme Paphos, Thessalonique, Corinthe, Éphèse ou Antioche. Là, il tire profit tant des réseaux routiers que des infrastructures maritimes créés et développés pour les besoins de l’Empire.[3]

Les Actes des Apôtres racontent trois voyages missionnaires de Paul, principalement dans les territoires de la Turquie et de la Grèce actuelles, à quoi l’on peut rajouter l’île de Chypre (lors du premier voyage). Un quatrième voyage y est relaté: le transfert de Paul de la prison de Césarée (Palestine) à Rome (Italie), en vue de sa comparution devant l’empereur («voyage de la captivité»). Les Actes des Apôtres se closent avec son arrivée à Rome, où il est placé en résidence surveillée, dans l’attente de son jugement en dernière instance. Certains auteurs avancent l’hypothèse que Paul aurait été acquitté puis relâché, ce qui lui aurait permis d’effectuer un cinquième et ultime voyage qui l’aurait conduit jusqu’en Espagne. De retour à Rome, l’infatigable apôtre aurait de nouveau été arrêté puis finalement exécuté.

Lorsque le Nouveau Testament parle de l’«Asie», il ne s’agit pas du continent tel qu’il est défini aujourd’hui (incluant les pays de l’Extrême-Orient, comme la Chine ou le Japon). Le mot «Asie», étymologiquement, désigne les contrées qui sont à l’orient, à l’est, «là où le Soleil se lève». Dans le contexte néo-testamentaire, l’Asie désigne tout simplement la région qui est située à l’est de la Grèce, sans même inclure la totalité de la Turquie actuelle. C’est donc en Turquie que se trouvent les sept Églises d’Asie (Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée), auxquelles l’apôtre Jean adresse le livre de l’Apocalypse (Ap 1, 4.11). Selon Anne-Catherine Emmerich:

Jean évangélisa surtout l’Asie Mineure. Il était le pasteur suprême de toute cette contrée, qu’il visitait régulièrement.[4]

La quasi-totalité de la Turquie actuelle (97% de son territoire) appartient au continent asiatique et s’appelle l’Anatolie. L’on désigne également l’Anatolie par l’expression «Asie mineure», c’est-à-dire la péninsule située à l’extrémité occidentale du continent asiatique. Dans le Nouveau Testament, l’«Asie» désigne seulement la portion occidentale de l’Anatolie (à l’est de la Grèce et de la mer Égée).

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Source de la carte: conformingtojesus.com

Le territoire occupé de nos jours par la Turquie a, de tous les temps, joué un rôle extrêmement crucial sur le plan stratégique. C’est dans ce secteur que la mer Noire est rattachée à la mer Méditerranée.[5] Les liaisons maritimes passent par le détroit du Bosphore (où se trouve la ville d’Istanbul), la mer de Marmara, le détroit des Dardanelles, aboutissant dans la mer Égée, et ensuite dans la Méditerrannée. Ce secteur est si important qu’il en est même fait mention dans les messages de la Dame de tous les Peuples:

Et tandis que vers l’Occident je vois s’avancer comme des branches rouges, j’entends que l’on dit:

«Turquie, fais-tu bien attention?»

Le Bosphore. Les Dardanelles. Je les vois. [25e vision, 10 décembre 1950]

Du 18 mars 1915 au 9 janvier 1916, lors de la Première Guerre mondiale, se déroula la célèbre et sanglante Bataille des Dardanelles, appelée aussi Bataille de Gallipoli, opposant les forces britanniques et françaises à l’Empire ottoman. Le 25 avril 1915 commença le débarquement des troupes australiennes et néo-zélandaises (ANZAC) sur la péninsule de Gallipoli (rive nord du détroit des Dardanelles).[6] Ce même jour, en France, les soldats australiens reprirent aux Allemands la ville de Villers-Bretonneux, stoppant l’avancée allemande vers l’ouest. La Journée commémorative de l’ANZAC ou ANZAC Day (célébrée le 25 avril) est la plus importante célébration militaire en Australie et en Nouvelle-Zélande, surpassant même le Jour du Souvenir (11 novembre). Mère Paul-Marie est décédée lors du centenaire des événements qui se sont déroulés le 25 avril 1915.

Dans l’Antiquité, la ville légendaire de Troie se situait, sur la rive sud, à l’entrée de l’Hellespont, nom sous lequel l’on désignait alors le détroit des Dardanelles. Dans la mythologie grecque, Dardanos est le fondateur de la dynastie des rois troyens. Il est le fils de Zeus et d’Électre, l’une des sept Pléiades. Dardanos engendra Érichthonios, Érichthonios engendra Tros (d’où les mots «Troie», «troyen»), Tros engendra Ilos (fondateur et premier roi de Troie, appelée également Ilion), Ilos engendra Laomédon (deuxième roi de Troie), Laomédon engendra Priam (troisième roi de Troie). C’est durant le règne de Priam que se déroula la fameuse Guerre de Troie. Cette épopée de la mythologie grecque nous a été transmise dans l’Iliade et l’Odyssée d’Homère, deux poèmes considérés comme fondateurs de la civilisation européenne.[7]

Raoul Auclair inscrit Homère parmi ceux qu’il considère comme de «véritables poètes», les «poètes inspirés»:

Il n’est de poètes que les poètes inspirés, et de nulle autre inspiration que celle dont le délire — cette fureur, en vérité — les met en contact avec les ineffables mystères de l’harmonie universelle. Les autres, quelque trouble qui les soulève, quelque talent qu’ils aient et si admirablement qu’ils construisent des vers, demeurent des littérateurs qui écrivent dans un mètre particulier; ce ne sont pas des poètes. Les vrais poètes ont chanté dans l’aurore des cycles historiques et, parfois, dans leur crépuscule. C’est Homère, c’est Pythagore, c’est Virgile et c’est Dante. C’est aussi Victor Hugo, dont l’âme était assurément d’un poète, mais son orgueil l’égara dans les troubles phosphorescences de Lucifer. S’il eût été humble, vers quelles cimes ne se fût-il élevé!

Le véritable poète — cet être si rare — coule la fureur de sa vision dans la chair vivante du verbe. Les autres — ils sont légion — n’ont que le frémissement attendri de l’art. Les premiers sont divins et humains tout ensemble; les seconds ne sont qu’humains. [Les Centuries de Nostradamus ou le Dixième Livre sibyllin, pp. 67-68][8]

Laissons également à Raoul de nous rappeler la légende qui fait de Clovis un descendant de Priam:

En cette fin de cycle où nous sommes, sachant désormais quel fond de vérité véhiculent les légendes, l’Histoire commence à scruter d’obscures traditions. L’une d’elles voudrait que ceux qu’on appelle les Francs, emportés par le courant celtique, et dont on retrouve aujourd’hui les traces et étapes de leur cheminement, vinrent aboutir en Germanie. Un de ces groupes aurait séjourné à Troie et, par Priam, dernier roi de la ville illustre, serait l’ancêtre de Clovis. La tradition en était si profondément enracinée qu’on nommait les rois de France: le sang troyen. [L’Apocalypse, vol. I, p. 402; souligné dans le texte; cf. Le Crépuscule des Nations, pp. 108-109]

Il était fort admis, sous l’Ancien Régime, que le sang capétien était ce même sang qui coulait dans les veines des rois de l’antique Troie. Cette tradition demeure sans doute invérifiable et l’on conçoit qu’elle se soit peu à peu perdue, abandonnée par une science et par des savants qui ne s’en laissent point accroire! Pour nous, qui respectons les légendes, et qui savons combien de vérité les nourrit, nous sommes heureux de l’occasion qui s’offre de rappeler celle-ci. [Les Centuries de Nostradamus ou le Dixième Livre sibyllin, p. 227]

*****

C’est donc en Grèce et en Turquie, principalement, que saint Paul exercera son activité apostolique et missionnaire, à la charnière de deux continents, l’Asie et l’Europe, dans une zone extrêmement riche d’histoire mondiale. Les lettres de saint Paul, conservées dans le Nouveau Testament, nous donnent une idée des principales Églises qu’il a fondées: l’Église de Corinthe (les deux Lettres aux Corinthiens), l’Église d’Iconium et des autres villes environnantes (Lettre aux Galates), l’Église d’Éphèse (Lettre aux Éphésiens), l’Église de Philippes (Lettre aux Philippiens), l’Église de Colosses (Lettre aux Colossiens), l’Église de Thessalonique (les deux Lettres aux Thessaloniciens).[9] Sans compter le point de départ et le point d’arrivée de cette grande aventure spirituelle de Paul: l’Église de Jérusalem (Lettre aux Hébreux) et l’Église de Rome (Lettre aux Romains). Dans tous ses déplacements à travers ces grands centres urbains, l’Apôtre des Nations n’a qu’un seul souci: annoncer l’Évangile, c’est-à-dire faire connaître et aimer le Christ, mort et ressuscité. Paul se donnera corps et âme pour soutenir la foi des chrétiens, qu’ils soient d’origine juive ou païenne. Il en est de même de la Dame de tous les Peuples: celle-ci s’adresse à TOUS LES PEUPLES.

«La Dame de tous les Peuples veut être portée à tous, qui ou quoi qu’ils soient.» [38e vision, 31 décembre 1951]

«Qui ou quoi que vous soyez, venez à la Dame de tous les Peuples.» [41e vision, 6 avril 1952]

«Qui ou quoi que vous soyez, je puis être pour vous la Mère, la Dame de tous les Peuples.» [50e vision, 31 mai 1954]

Nous reviendrons ultérieurement sur les voyages missionnaires de saint Paul.

[Les cartes ci-dessus proviennent du site web suivant: christus.fr. Leur créateur, Olivier Chavarin, m’a gentiment accordé l’autorisation de les reproduire ici, ce qui n’inclut nullement qu’il soit en accord avec toutes les idées exprimées dans mon blog.]


Notes

[1]Concernant «le souci de toutes les Églises», cf. les documents magistériels suivants: Concile oecuménique Vatican II, décret Presbyterorum ordinis (7 décembre 1965), n. 10; Jean-Paul II, lettre encyclique Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 89; les exhortations apostoliques post-synodales Pastores dabo vobis (25 mars 1992), n. 32 et Pastores Gregis (16 octobre 2003), n. 55.

[2]Joseph Holzner, Paul de Tarse, Paris, (traduction de l’allemand par Léon Johner) Alsatia, 1950, p. 88. La carte présentée à la une de cet article se trouve à la fin de cet ouvrage.

[3]Chantal Reynier, Les Actes des Apôtres, Paris, Cerf, 2015, p. 67.

[4]Visions, tome 3, sixième partie, chapitre X, p. 501 [édition 2013: p. 433]; cf. chapitre XXI, p. 553 [édition 2013: p. 477].

[5]Soulignons qu’une partie de la flotte maritime de la Russie se trouve en mer Noire. Cf. Raoul Auclair, «Le Grand Signe a été donné» (Le Royaume, n. 74, mai-juin 1990, p. 10, 4e colonne) [LR-074].

[6]Mentionnons deux films liés à la Bataille des Dardanelles: Gallipoli (1981) de Peter Weir, avec Mark Lee et Mel Gibson; et The Water Diviner (2014), mettant en vedette Russell Crowe qui dirige également le film derrière la caméra, marquant ses débuts comme réalisateur.

[7]Plusieurs adaptations cinématographiques en ont été tirées, dont le film Troy de Wolfgang Petersen, en 2004. En lien avec la civilisation grecque, l’on pourra se reporter au livre de Raoul Auclair Mystère de l’Histoire (pp. 72-77, 136-142).

[8]Plus près de chez nous et parmi nos contemporains (en cette «Fin des Temps» où nous sommes), peut-être pourrions-nous inscrire Roger Brien (1910-1999) parmi les «véritables poètes», les «poètes inspirés». Marie-Paule a rencontré cet auteur prolifique, a lu ses oeuvres et a correspondu avec lui. Roger Brien est particulièrement mentionné dans le volume III de Vie d’Amour: VA III, 66-69; VA III, 96-98 (chapitre 16 intitulé: «Monsieur Roger Brien»); VA III, 310-313; VA III, 328; VA III, 388. Cf. également: Roger Brien, «Ô Vierge du Rosaire» (L’Armée de Marie, vol. 1, n. 5, janvier-février 1972, pp. 78-79 du volume I relié); Marie-Josée [Marie-Paule], «C’est la victoire des ondes spirituelles…» (L’Armée de Marie, vol. 1, n. 7, avril 1972, pp. 115-118 du volume I relié); Marie-Paule, «Roger Brien» [courrier spirituel] (Marie, n. 3, novembre 1976, p. 16) [M-04]. Un hommage a été rendu à Roger Brien dans L’Osservatore Romano (mars 1972), sous la plume du mariologue réputé Gabriel M. Roschini, o.s.m. Une traduction française de cet hommage a été présentée dans le journal Marie: «Roger Brien, chantre de la foi» (Marie, n. 5, février 1977, p. 17) [M-05].

[9]Iconium, Éphèse et Colosses se trouvent aujourd’hui en Turquie (Asie), alors que Corinthe, Philippes et Thessalonique se situent dans le territoire actuel de la Grèce (Europe).

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